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Auteur

Christine Gosselin Auteure

Date

27 janvier 2026

Catégories

Belgique
Couple & Famille
Pastorale de la Santé

Type

Actualités diocésaines

Les « Arpenteurs du temps » : À l’école du très grand âge

Le 4 octobre dernier, au Collège d’Erpent, près de Namur, ils étaient près de cent cinquante venus de tous les diocèses de Wallonie et de Bruxelles – visiteurs de personnes malades, âgées, isolées ou porteuses d’un handicap pour « aller vers nos aînés, écouter la vie qui se fait silence, habiter ce temps ralenti où se cachent encore des germes de lumière ». Sous la bienveillance de Mgr Warin, la commission interdiocésaine des visiteurs conviait à sa rencontre biannuelle pour se mettre: « À l’école du très grand âge ».

Une écoute qui se fait présence

Dans l’air d’automne, un parfum de fraternité et de musique –  celle de Béatrice Sepulchre et Philippe Goeseels (GPS Trio) – enveloppe une journée animée par deux intervenants aux regards complémentaires : Pierre Gobiet, psychologue spécialisé dans le « très grand âge »  désormais à la retraite, et Dominique Martens, théologien et directeur de Lumen Vitae.

D’entrée de jeu, Pierre Gobiet pose le cadre : « Le très grand âge, c’est ce que tu vis au-delà de l’espérance de vie moyenne… » – autrement dit, un supplément de vie. Et ce supplément, dit-il, mérite attention, respect et émerveillement.

Fin observateur des âmes, Pierre Gobiet évoque ces phrases que murmurent souvent les aînés : « Je me sens comme un fossile… le dernier des Mohicans… » Derrière ces mots s’exprime toute la fragilité d’un monde qui s’éloigne, d’un corps qui se transforme, d’une identité qui cherche encore à se dire.

Le visiteur entre, alors, dans un territoire sacré – celui de l’intime. Il ne s’agit pas de « faire » ou de « consoler », mais de demeurer présent, comme un récepteur silencieux, un amplificateur de vie. «Tout a sa place dans le partage », rappelle Isabelle Michiels, déléguée épiscopale pour la pastorale de la santé. Accueillir la parole, même désespérée – « c’est mourir que je veux » – sans vouloir la corriger, sans devoir y donner de solution : voilà l’art d’une écoute vraie, d’une présence nue.

Les arpenteurs du temps

Pierre Gobiet aime appeler les personnes du grand âge les « arpenteurs du temps ».

Elles portent en elles, comme des matriochkas, toutes les identités successives de leur vie : l’enfant, l’amoureux, le parent, le travailleur, le sage… autant de visages superposés qu’il nous faut apprendre à reconnaître. Leur silence n’est pas vide : c’est le lieu d’un travail spirituel invisible, d’une relecture intérieure où se tisse le sens.

Et si, parfois, elles semblent ne plus rien attendre, elles continuent pourtant à espérer – espérer que leur histoire reste entendue, que leur existence ait encore une résonance. « Je n’attends rien, mais j’espère tout », répète le psychologue se faisant l’écho de leurs voix.

Entre indépendance et autonomie, il rappelle aussi la nuance: on peut être dépendant physiquement, mais demeurer autonome dans ses choix, son discernement, sa dignité. « L’excès d’aide, même bienveillant, peut être une forme de dépossession », souligne-il avec justesse.

Les visiteurs le savent bien : accompagner, c’est marcher à côté, non devant. C’est laisser à la personne la souveraineté de son désir, car le désir est création, et là où il s’éteint, la vie se fane.

Les anciens de la Bible : gardiens de la promesse

Le théologien Dominique Martens prolonge cette méditation en nous invitant à relire la vieillesse à la lumière de la Parole. Abraham et Sarah, Moïse, Salomon, Anne et Siméon – autant de figures qui disent la fécondité spirituelle du grand âge, mais aussi sa vigilance.

Abraham et Sarah enfantent tard : la promesse divine peut surgir quand tout semble fini. Moïse, appelé à 80 ans, prouve que la mission ne s’éteint jamais. Salomon, lui, rappelle que la sagesse n’est pas acquise une fois pour toutes. Quant à Siméon et Anne, ils incarnent l’attente confiante, la prière fidèle, la fécondité de ceux qui savent voir venir la lumière.

Vieillir, pour Dominique Martens, n’est pas se retirer: c’est répondre à un appel renouvelé, celui de transmettre, de bénir, d’espérer encore.

La journée s’est conclue par une prière à cinq voix, enveloppant de douceur ce moment d’humanité partagée. Entre sourires, silences, regards pleins d’émotion, il y a cette conviction que le grand âge n’est pas un déclin, mais une école de lenteur, de vérité et de gratitude.

Dans un monde obsédé par la performance, « ces arpenteurs du temps » nous rappellent que la vie se mesure moins en années qu’en profondeur, en présence, en amour reçu et donné. Et si, comme le disait Pierre Gobiet, « la curiosité est l’antidote de l’ennui », alors « visiter » devient un acte d’espérance : un pas vers l’autre, un pas vers Dieu car vieillir, c’est encore apprendre à vivre !

Christine Gosselin

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