Partager
Auteur
Christine Bolinne Auteure
Date
1 février 2026
Catégories
Communauté
Type
Frère Tanguy a choisi de mettre le Seigneur à la 1re place de sa vie
Les bâtiments de la Fraternité de Tibériade (Lavaux-Sainte-Anne) sont perdus dans la brume. Une torpeur hivernale qui donne l’impression d’une vie au ralenti. Et c’est un peu ce qui se passe derrière les murs de pierre. Torpeur qui a pris fin avec ce mois de janvier, un mois Nazareth. Quatre semaines où le lieu n’est ouvert ni aux retraitants ni aux visiteurs. Quatre semaines pour les frères se retrouver et vivre pleinement en communauté. Parmi eux, Frère Tanguy, 24 ans qui a prononcé ses vœux temporaires. Lui comme d’autres sont la preuve que la vie religieuse attire toujours. Réconfortant. Ce 2 février, journée de la Vie consacrée, est l’occasion de rencontrer ce jeune religieux.
Frère Tanguy est tout sourire lorsqu’il ouvre la porte. Direction la cuisine pour une discussion autour d’un café bien chaud. Très vite, Frère Tanguy attire l’attention sur sa bure. Elle est neuve, d’un bleu plus profond que celle de ses frères et sœurs. « Nous étions arrivés au bout du rouleau de tissu qui jusque-là permettait la confection des habits… » Le jeune religieux éclate de rire. Pour quelques heures encore, il est le plus jeune de la Fraternité de Tibériade. Un postulant va les rejoindre tout prochainement. Une communauté nouvelle fondée par un Belge et en Belgique, Frère Marc. Elle fêtera bientôt ses 50 ans et séduit ceux et celles qui veulent entrer dans la vie religieuse. Ils sont aujourd’hui 38 dans la Fraternité : 10 sœurs qui vivent à Pondrôme, 21 frères à Lavaux et 7 en Lituanie.
Tanguy est lui originaire de Lyon, en France. Malgré son jeune âge, sa vie a déjà été tellement riche. Frère Tanguy : « A 8 ans, j’ai décidé que je serais prêtre parce que j’aimais Jésus et je sentais qu’il m’aimait. » A l’adolescence, Tanguy est amoureux et décide qu’il sera marin. A 16 ans, ses projets changent lors d’un séjour à Paray-le-Monial, dans la Communauté de l’Emmanuel… « J’ai fait l’expérience de l’amour formidable de Dieu et de la question qu’il me pose : ‘Veux-tu me donner toute ta vie ?’ » Tanguy a choisi : il sera prêtre. Avant de rejoindre un séminaire, il se forme en mécanique industrielle. « J’ai opté pour des études courtes car je savais que ce n’était pas ça ma vie. » Il quitte la France pour la Belgique et Namur. La Communauté de l’Emmanuel y a ouvert, pour les candidats à la prêtrise, la Maison saint Joseph. Un lieu de vie mais pas seulement durant une année de propédeutique. Une année pour notamment discerner encore et encore avant de prendre sa décision et d’entrer peut-être au séminaire.
Coup de foudre
A la Toussaint, retraite pour tous les propédeutes dans la Fraternité de Tibériade. Coup de foudre. Tanguy, comme il le dit, tombe amoureux des lieux, du silence et de la chaleur qui se dégage de la communauté. Une certitude, c’est à Tibériade qu’il viendra pour toutes les retraites. Tanguy se rend compte, très vite, qu’il est attiré par cette vie religieuse. Cet attrait prend le pas sur une vie de prêtre en paroisse. « J’ai dit au Seigneur, raconte Frère Tanguy, si c’est ta volonté que je partage la vie de la Fraternité, je suis d’accord. J’avais pourtant le sentiment qu’il me fallait encore du temps pour me décider. Entre l’Emmanuel et Tibériade c’était, pour moi, une plongée dans l’inconnu. Je savais aussi que quand je revenais de Tibériade j’étais en paix. » Il suivra les exercices de saint Ignace et est ainsi confirmé sur ce qui n’est plus un coup de cœur mais un choix de vie. « Je me suis dit que j’étais assez fort pour entrer au postulat. Il sera religieux dans la Fraternité de Tibériade. « Je répondais ainsi à un appel du Seigneur de lui donner toute ma vie. »
Avec le Seigneur, c’est toujours une aventure
Après une année de postulat et deux de noviciat, Frère Tanguy a prononcé ses vœux temporaires. Dans trois années au minimum, ce seront les vœux perpétuels. Durant ce temps au noviciat, il suit des cours avec le maître des novices. Il étudie la Bible, découvre la lectio divina… Et porte l’habit mais court, il s’arrête à la ceinture. « J’ai toujours su que le Seigneur me proposait un chemin tout en respectant ma liberté. » Depuis ses vœux temporaires, il porte la bure. Au cours du postulat, le jeune homme part en Lituanie retrouver les frères qui y sont installés. Il part en stop. Il lui faudra trois jours pour parcourir les 2000 kilomètres. Moment de rencontres avec des personnes qui ne parlent que le lituanien. Le traducteur instantané de son téléphone fera des merveilles. Un Lituanien lui confiera en voyant la croix qu’il porte autour du cou que lui aussi est un homme de foi. « Le Seigneur m’a déjà réservé de belles aventures et je sais que ce n’est pas terminé. J’ai aussi pris conscience, aujourd’hui, que le Seigneur était un Père et pas une assurance tous risques. »
Prière, travail manuel… le quotidien
Frère Tanguy est bien occupé. La journée débute à 6h15 avec l’oraison. A 7h30, office des laudes et eucharistie. Les temps de prières qui se terminent à 21h avec les complies alternent avec les périodes de travail manuel. Frère Tanguy travaille à la ferme, à la boulangerie où il aide un autre frère. Il a aussi découvert l’apiculture. « Rien que des découvertes » explique, tout sourire, Frère Tanguy. Et d’ajouter : « Si je suis là, c’est pour le Seigneur. Le plus difficile pour moi est de toujours le mettre à la première place. C’est une vigilance à avoir. Comme saint Benoît le disait : ‘il ne faut rien préférer à l’amour du Christ.’ » L’accueil de retraitants, de groupes fait aussi partie du quotidien comme l’aide apportée aux paroisses, par exemple. Les frères comme les sœurs sont amenés à partager leur amour pour Dieu. Ils partent aussi en itinérance. A pied, en stop, ils vont à la rencontre des hommes et des femmes, des croyants mais pas toujours. Durant l’itinérance, ils mendient encore du pain, de l’eau… de quoi se nourrir. Frère Tanguy le reconnaît même si les personnes rencontrées sont souvent très agréables, mendier n’est pas évident. La vie fraternelle prend le dessus.
Une rencontre qui se termine à la chapelle. Un sacré clin d’œil adressé à celui qui envisageait la vie de marin : l’autel a la forme d’une barque…
Christine Bolinne