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Auteur

Christine Gosselin Auteure

Date

2 février 2026

Catégories

Communauté
Vocation

Type

Actualités diocésaines

Madonna House – Quand l’ordinaire devient prière

La spiritualité de Nazareth au rythme de l’accueil et de l’amitié

La journée de la vie consacrée, instituée le 2 février par Jean-Paul II, invite à lever le voile sur des formes de vie souvent discrètes mais profondément évangéliques. À Resteigne, nichée entre bois et champs à la frontière des Ardennes, une petite communauté incarne une spiritualité de l’ordinaire, faite de prière, de travail et d’accueil. Au coin du feu, autour d’un thé partagé, Cristina et Jocko nous ouvrent les portes de Madonna House.

La maison semble hors du temps dans son écrin de verdure. Un feu de bois réchauffe la grande pièce, le thé infuse lentement. « C’est souvent dans cette simplicité que les vraies rencontres peuvent naître », confie Cristina.

Originaire de Combermere au Canada, la communauté de Madonna House est arrivée en Belgique en 2000. « Nous avons d’abord vécu à l’abbaye Notre-Dame du Vivier », explique-t-elle. « Puis, en novembre 2007, nous avons déménagé ici, à Resteigne dans la maison NotreDame, une maison du diocèse accueillant auparavant les Assistantes du Sacerdoce. Un lieu qui a donc, dès l’origine, une vocation liée au ministère presbytéral et à la vie de l’Église. » Et c’est précisément la mission que Mgr Léonard, alors évêque du diocèse de Namur, souhaite confier à la communauté : un soutien à la formation au Sacerdoce. Madonna House participera plus spécifiquement à la formation des propédeutes du Séminaire Notre-Dame. « Nous avons beaucoup travaillé avec les professeurs et le Séminaire , se souvient Cristina et lorsque la formation a été reprise directement au Séminaire, Madonna House est devenue une maison d’hospitalité et de formation humaine et spirituelle au sens large ».

Chacune des maisons de la communauté a ainsi un visage différent, selon le diocèse où elle s’incarne et les souhaits de l’évêque du lieu. « Nous sommes d’ailleurs impatientes de rencontrer Mgr Lejeusne » sourit Cristina.

 Une mission simple… et exigeante

La mission de Madonna House peut se dire en peu de mots : être une présence évangélique de prière et d’amitié. « Nous accueillons ceux qui frappent à la porte », explique Jocko, « qu’ils viennent pour partager notre vie communautaire – prière, travail, repas – ou pour vivre un temps de poustinia » (issu de la tradition orthodoxe russe, ce mot signifie « désert » c’est-à-dire, un temps de silence et de jeûne).

 « Aujourd’hui, les demandes sont nombreuses », souligne Cristina. Isolement, paupérisation, détresses multiples : la maison est souvent sollicitée. Or la communauté s’est réduite. Là où il y avait 8 frères et sœurs autrefois, il ne reste que quatre consacrées : deux brésiliennes, une française et une belge : « Nous devons donc discerner. Accueillir, oui, mais de manière juste. Parfois, un ‘non’ peut contenir un ‘oui ‘– un oui plus profond, plus respectueux de la personne et de nos limites. »

C’est pourquoi un premier pas est souvent proposé : partager un repas du soir avec la communauté. « Cela permet de rencontrer la personne en vérité, de la confier au Seigneur et de voir comment répondre au mieux à son besoin », explique encore Jocko. Chaque lundi, la communauté se réunit pour relire les demandes et ajuster son engagement. « Nous avons accueilli des réfugiés pendant plus d’un an », explique-t-elle. « Mais cela demande une flexibilité que nous ne pouvons pas toujours avoir. Le discernement protège aussi les plus fragiles. Il est une forme de charité ».

La spiritualité de Nazareth : Dieu dans la vie ordinaire

Madonna House est une communauté de laïcs consacrés unis par la spiritualité de Nazareth pour vivre la vie cachée et humble de Jésus, dans la prière, la pauvreté et le travail quotidien. « Nous croyons que Dieu se donne dans les petites choses », insiste Cristina. « La prière ne se vit pas seulement dans la chapelle, mais aussi à la buanderie ou à la cuisine. » Depuis quelques années, la communauté s’est aussi engagée concrètement auprès des plus fragiles : visites dans les homes, distribution de colis alimentaires au domicile de ceux qui ne savent pas se déplacer, les jeudis ou lors d’un café convivial, le vendredi matin. « Les gens viennent chercher un colis, mais aussi une tasse de café… et surtout quelqu’un à qui parler », confie Cristina. « Il faut accepter de ‘perdre’ du temps avec les gens. C’est une catéchèse organique, dans la vie. » Les besoins sont immenses. « On pourrait passer tout notre temps au home tout proche. Les personnes ont soif de parole, de présence, de communion. Il y a une grande pauvreté spirituelle aussi. »

Une œuvre née d’une vie traversée par l’histoire

Cette manière d’être au monde plonge ses racines dans l’intuition de sa fondatrice, Catherine de Hueck Doherty. Russe d’origine, rescapée de la révolution bolchévique et des deux guerres mondiales, elle fonde Madonna House en 1947 au Canada. Femme mariée, mère, puis veuve, engagée auprès des pauvres et pour la justice raciale, elle soutenait une vision large de l’apostolat : « Rien n’est étranger à l’apostolat, sauf le péché » avait-elle coutume de répondre. Jocko en témoigne avec émotion : « Ce qui m’a touchée, c’est cette vision d’une foi qui n’est pas enfermée dans une boîte qu’on ouvre le dimanche. Tout est relié à Dieu, vécu pour lui et avec lui. »

Discrète, fragile peut-être, mais profondément fidèle à la spiritualité de sa fondatrice, Madonna House à Resteigne offre ce qu’il y a de plus précieux : un lieu d’accueil familial pour tous, de prière et de découverte dans l’ordinaire, de l’extraordinaire présence de Dieu.

Christine Gosselin

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