Toutes les actualités

Partager

Auteur

Christine Gosselin Auteure

Date

2 février 2026

Catégories

Communauté
Patrimoine
Vocation

Type

Actualités diocésaines

ORVAL 1926–2026 : Le retour qui a rebâti une abbaye

En 2026, l’abbaye d’Orval commémore cent ans d’une renaissance : celle du retour des moines cisterciens sur un site que la Révolution avait vidé, saccagé, puis laissé en ruines et à la fascination des visiteurs. De février à novembre, l’année jubilaire dépliera trois fils conducteurs – histoire, art et spiritualité – pour relire un siècle de reconstruction, mais aussi les longues décennies d’exil, de pillage et d’obstination qui ont précédé.

On a beau connaître Orval par son silence, ses pierres blondes, son cloître et sa bière, il suffit de remonter un peu le temps pour comprendre à quel point cette paix est une conquête. La fin du XVIIIᵉ siècle a balayé l’équilibre ancien : les secousses révolutionnaires parties de France ont traversé les frontières, s’invitant jusqu’en Gaume. À Orval, les moines n’ont pas choisi la résistance héroïque ; ils ont choisi la survie. Lorsque les troubles se rapprochent, ils quittent l’abbaye – déjà fragilisée par des dégâts antérieurs – et mettent d’abord à l’abri ce qui peut l’être : archives, biens, traces d’une continuité monastique menacée.

Exil : l’abbaye hors les murs

Le refuge passe notamment par Luxembourg, alors place forte stratégique. Les archives sont déplacées dès 1791 et, autour des exilés, se dessine un paradoxe : la dispersion de la communauté contribue à diffuser une part de l’« esprit d’Orval » ailleurs que sur son sol. On le voit avec la figure de frère Abraham Gilson, moine et artiste, qui continue à peindre en exil. Son passage laisse des œuvres et des décors, comme si la mémoire d’Orval se déposait dans d’autres lieux en attendant de pouvoir revenir. Dans les récits et travaux historiques évoqués par l’association des amis d’Orval, on insiste sur l’ampleur de cette production picturale réalisée durant ces années.

Mais la parenthèse luxembourgeoise ne dure pas : les événements militaires se succèdent, la pression s’intensifie, les congrégations sont supprimées. L’abbaye d’Orval est pillée, puis ses ruines sont finalement vendues. Un basculement s’opère : le lieu cesse d’être une maison habitée pour devenir un territoire à l’abandon, bientôt contemplé comme un paysage de vestiges. Même Victor Hugo, lors de ses passages au XIXᵉ siècle, sera happé par ces pierres qui continuent à parler malgré l’absence de ceux qui les ont élevées.

1926 : un retour, puis un chantier

Le XXᵉ siècle ouvre une autre séquence, décisive. 1926 devient l’année charnière : celle où la présence monastique revient et où le projet de reconstruction prend corps. La dynamique est portée par des figures fortes, dont Dom Marie-Albert (Charles van der Cruyssen), moine au profil d’entrepreneur, capable de fédérer, de chercher des appuis, d’élargir l’horizon au-delà du seul monde religieux. Le retour n’est pas seulement un retour « au lieu » : c’est le début d’une reconstruction au long cours qui s’étirera jusqu’après la Seconde Guerre mondiale, pour aboutir à une abbaye pleinement réinstallée. Autre marque de cette renaissance : la communauté ne reste pas enfermée dans une mémoire muséale. Elle reprend une vie régulière, s’organise, travaille – et, dès 1931, la brasserie devient à sa façon un signe de stabilité retrouvée : un produit qui circule, un nom qui franchit les frontières, une manière d’inscrire Orval dans le monde sans diluer sa singularité.

Une année jubilaire en trois axes : histoire, art, spiritualité

L’histoire, d’abord, comme une remise en perspective : revenir sur les ruines, les archives, les acteurs, les grands moments du renouveau, sans oublier les fractures de la période révolutionnaire. L’art, ensuite, parce qu’Orval se raconte aussi par les images : photographies anciennes, traces des artistes, patrimoine architectural, et tout ce qui façonne notre manière de voir une abbaye. La spiritualité, enfin, non comme un décor, mais comme le moteur premier : le retour de 1926 est une aventure intérieure autant qu’un chantier de pierres.

Le calendrier des festivités s’étend de février à novembre 2026 :

• Du 7 février au 26 avril : exposition « Les premières photographies à Orval, du XIXᵉ siècle à l’aube de la reconstruction ». Une traversée visuelle des ruines et de leur lente métamorphose, nourrie par des documents issus d’archives.

• 18 avril (14h30) : conférence de Dirk Van de Vijver consacrée à Laurent-Benoît Dewez, architecte de l’abbaye néoclassique (dès 1760), conçue à l’époque pour être l’une des plus vastes d’Europe occidentale.

• 3 mai (10h) : ouverture liturgique de l’année jubilaire avec la présence annoncée de Mgr Luc Terlinden, de l’abbé Raphaël Buyse et du père Pierre-André Burton : trois voix pour relire le sens du retour de 1926 à aujourd’hui.

• 13 juin : l’asbl Aurea Vallis & Villare célèbrera ses 20 ans d’engagement au service du patrimoine et de la mémoire d’Orval.

• 5 septembre (9h30–17h) : grand colloque historique réunissant spécialistes belges et français autour de l’abbaye et de l’ordre cistercien : architecture (avec des comparaisons de chantiers de l’entre-deux-guerres), réseaux de Dom Marie-Albert, liens inattendus (scoutisme), perspectives internationales, et projections de films anciens.

• 6 septembre (10h) : messe avec la participation du chœur Prélude (Habay-la-Neuve).

• 8 novembre (10h) : messe de clôture en présence annoncée de Mgr Fabien Lejeusne, évêque de Namur, et de communautés venues de Belgique et de France. Le même jour à 15h : concert de clôture au programme ample, mêlant chœur et formations instrumentales, dans l’esprit d’une conclusion à la fois artistique et méditative. Ce que fête Orval en 2026, c’est un centenaire-charnière pour relier, pas seulement commémorer : il relie l’exil à la reconstruction, les ruines à la vie régulière, la mémoire locale à une histoire européenne, et le patrimoine visible à ce qui demeure invisible – une fidélité monastique qui, en 1926, a choisi de renaître.

Christine Gosselin

Newsletter Restez au courant

Inscrivez-vous pour recevoir nos actualités et événements dans votre boite mail.

« (Nécessaire) » indique les champs nécessaires

Ce champ n’est utilisé qu’à des fins de validation et devrait rester inchangé.