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Auteur

Christine Gosselin Auteure

Date

5 février 2026

Catégories

Belgique
Patrimoine
Spiritualité
Vocation

Type

Actualités diocésaines

L’abbé André, la foi en actes

À travers témoignages et récits bouleversants, Freddy Avni, médecin et professeur en radiologie pédiatrique, ravive une mémoire familiale longtemps enfouie. Dans Je suis le porteur de mémoires, publié aux éditions du Lys bleu, il retrace l’histoire de sa famille maternelle, mais aussi celle de nombreux enfants juifs sauvés en Belgique durant la Seconde Guerre Mondiale. Au cœur de ce récit de transmission et de gratitude se détache la figure lumineuse de l’abbé André, prêtre namurois dont la foi s’est incarnée, au péril de sa vie, en actes de courage et d’humanité.

Nous rencontrons Freddy Avni chez lui, à Uccle. Médecin engagé depuis toujours auprès des enfants, presque pensionné, il a longtemps porté en lui une histoire familiale fragmentée, marquée par le silence. « Il y a des récits qui ne vous quittent pas, confie-t-il. On sent qu’ils demandent à être portés, transmis. »

Son livre remonte le fil de sa famille maternelle, de la Pologne d’avant-guerre aux rues d’Anvers et de Bruxelles, jusqu’au Venezuela. Une famille brisée par la Shoah, mais aussi sauvée, enfant après enfant, grâce à une chaîne de solidarité exceptionnelle. Au cœur de cette
chaîne, des hommes et des femmes ordinaires devenus, par la force des circonstances, des Justes parmi les Nations.

« L’abbé André et Tante Marie faisaient partie de nos fêtes de famille quand j’étais enfant. Ils étaient là, simplement. Sans explication. »

Freddy Avni

Parmi eux, certaines figures s’imposent : l’abbé André, Maria-Louisa Feys Van Herck, dite « Tante Marie », Gustave Collet ou encore les sœurs du pensionnat Saint Charles de Herseaux. « L’abbé André et Tante Marie faisaient partie de nos fêtes de famille quand j’étais enfant. Ils étaient là, simplement. Sans explication. » Comme dans tant de familles marquées par la guerre, le silence dominait. « Revivre ces événements était souvent impossible. Et puis, il y avait cette culpabilité diffuse d’avoir survécu. »

Le déclic : quand la mémoire appelle

L’année 2023 marque un tournant. Freddy Avni parle d’un « faisceau d’éléments » : un appel à témoignage de l’abbé Bruno Jacobs dans le cadre du dossier de béatification de l’abbé André, le souvenir persistant de cette figure familière, et la demande d’un petit cousin réalisant un travail scolaire sur l’histoire familiale. Il entreprend alors des recherches approfondies.

Il découvre que sa mère, son oncle et sa tante, encore enfants, ont été sauvés presque miraculeusement. Son oncle Théo Gliksberg a été caché plus de quatre mois par l’abbé André. Sa mère passa 18 mois au pensionnat Saint-Charles de Herseaux. Sa tante connut un périple jalonné de rencontres et de « petits miracles » qui la mena depuis Marseille jusqu’au Venezuela. « Tous ont survécu grâce au courage de personnes qui ont risqué leur vie pour sauver des enfants. »

L’abbé André et le réseau du sauvetage

Entre 300 et 400 enfants auraient été sauvés par l’abbé André. Sa maison, place de l’Ange à Namur, officiellement présentée comme un patronage, se trouvait à quelques pas du quartier général de la Gestapo. « Le matin, il sortait avec 35 enfants. Le soir, il rentrait avec
35 enfants habillés de la même manière. Mais pour la plupart, ce n’était pas les mêmes.
 »

Les enfants étaient confiés à des familles, des fermes ou des institutions sûres, grâce à un réseau remarquablement organisé. Codes secrets, faux fonds, complicités locales, nouvelles identités : tout était mis en œuvre pour les protéger. « Aucun des enfants pris en charge par l’abbé André n’a été arrêté ou déporté », souligne Freddy Avni, ému.

Autour de lui gravitait un réseau solidaire : Gustave Collet, des fonctionnaires communaux de Namur, les commerçants de la place de l’Ange, des prêtres, des laïcs engagés, le Comité de défense des Juifs, ainsi que le docteur Arnould et son épouse Nellie, qui prenaient
en charge les parents en fuite. Un tissu humain uni par une même exigence morale.

Une foi incarnée, respectueuse

Ce qui touche profondément Freddy Avni, c’est la cohérence spirituelle de l’abbé André. « Il voulait sauver les enfants, pas les convertir. Il respectait leur foi. »

Si certains baptêmes furent pratiqués ailleurs pour protéger les enfants par des certificats, l’abbé André veillait au respect de leur identité juive. Il alla jusqu’à demander à des religieux de garantir leur éducation religieuse juive, notamment après la guerre, lorsque
certains enfants restèrent longtemps sans nouvelles de leurs parents. Les archives sont rares, mais les traces retrouvées sont bouleversantes.

Herseaux : une mémoire rendue visible

Cette transmission trouve un écho particulier à Herseaux. Le 27 janvier, Journée internationale de commémoration des victimes de la Shoah, une cérémonie d’hommage a été organisée près du pensionnat où la mère de Freddy Avni, Michla Gliksberg fut cachée. Des panneaux historiques y retracent désormais l’engagement des religieuses qui protégèrent de nombreuses jeunes filles juives ainsi que
celui d’autres Justes de la région.

« Cela redonne un visage et une histoire à celles et ceux qui ont agi dans l’ombre. »

Freddy avni

« C’est la redécouverte de lettres et de photographies dans les archives, à l’occasion des 300 ans de l’ordre de Saint-Charles Borromée, qui a permis de faire toute la lumière sur leur rôle », explique Freddy Avni. Une demande de reconnaissance comme Justes parmi les
Nations a été introduite. « Cela redonne un visage et une histoire à celles et ceux qui ont agi dans l’ombre. »

Porter la mémoire pour aujourd’hui

Dans son livre, Freddy Avni se définit comme un « porteur de mémoires ». Une expression qui renvoie à la psychogénéalogie : celui qui porte, souvent sans le savoir, les récits et blessures des générations précédentes. « Écrire ce livre, c’était rendre hommage. Mais
aussi transmettre. 
»

« Écrire ce livre, c’était rendre hommage. Mais
aussi transmettre. 
»

Freddy avni

Après une première cérémonie organisée en juin 2023 à l’église Saint-Loup pour les 50 ans de la mort de l’abbé André, d’autres projets voient le jour, dont une fresque commémorative à Namur, imaginée par l’artiste Amandine Levy (Propaganza). L’abbé André y serait représenté à vélo, entouré d’enfants et de valises ̶ image d’un passé lourd, mais aussi porteuse d’espérance.

« Ce sont des gestes pour aujourd’hui, conclut Freddy Avni. L’abbé André nous rappelle que la foi, lorsqu’elle est vécue pleinement, devient acte. Et que même dans les heures les plus sombres, l’humanité peut encore choisir la lumière. »

// CG

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