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Auteur
Christine Gosselin Auteure
Date
3 mars 2026
Catégories
Fabriques d'églises
Patrimoine
Tourisme
Type
À Morialmé, une chapelle d’hiver pour faire vivre la foi au quotidien
La chapelle Notre-Dame de Lourdes connaît une troisième vie au cœur de la paroisse
Depuis le début du mois de février, la paroisse de Morialmé dispose d’une chapelle de semaine, aménagée dans l’ancienne chapelle Notre-Dame de Lourdes, au fond de l’église Saint-Martin. Fruit d’un projet mûri de longue date, cette transformation conjugue souci pastoral, responsabilité écologique et mise en valeur du patrimoine.
C’est une nouvelle étape dans l’histoire de l’église Saint-Martin de Morialmé. Depuis février, les célébrations de semaine et les temps de prière hivernaux trouvent place dans un espace plus intime, plus facile à chauffer, mais aussi chargé de mémoire : la chapelle Notre-Dame de Lourdes.
Cette chapelle témoigne elle-même d’une longue histoire. Comme beaucoup de paroisses européennes, Morialmé fut touchée par l’élan de dévotion suscité par les apparitions de Lourdes en 1858. Une chapelle fut alors aménagée au fond de l’église en l’honneur de la Consolatrice des malades et des affligés. Un vitrail de 1911, réalisé par la maison Bary et Hintzen de Koekelberg et restauré en 2008 par l’Atelier d’Art d’Henri Dupont à Nivelles, évoque ces apparitions. On y voit la Vierge apparaissant à Bernadette, dans une iconographie fidèle à la tradition.
Dans cet espace prennent place une statue classique de Notre-Dame de Lourdes, accompagnée d’une plus petite statue de sainte Bernadette. Un triptyque représentant Notre-Dame du Perpétuel Secours, réalisé par l’Atelier Charles Beyart de Bruges, rappelle également l’intensité de la dévotion mariale. L’encadrement, dans le même style que celui des quatorze stations du chemin de croix, fut confié au menuisier-ébéniste morialmétois Ernest Brichaux, signe d’un enracinement local du patrimoine artistique.



Le sol conserve une marque circulaire en béton : vestige de l’emplacement des anciens fonts baptismaux avant le concile Vatican II. À cette époque, tous les non-baptisés, y compris les nourrissons, entraient dans l’église par la petite grille de cette chapelle, soulignant son rôle symbolique dans le cheminement vers la communauté chrétienne.
L’endroit fut jadis plus prestigieux encore. Selon les recherches de Raymond Reman, les deux chapelles du fond de l’église furent construites en 1913 avec les autels récupérés de l’ancienne église antérieure à 1860. Les pavés de granit rescapés de l’incendie de 1909 furent réutilisés pour paver ces espaces. Durant de nombreuses années, la chapelle Notre-Dame de Lourdes servit également d’entrepôt pour les vivres distribués par la conférence Saint-Vincent de Paul, ajoutant à sa dimension caritative.
En 2024, le Conseil de Fabrique décide de lui offrir une nouvelle vocation. Les raisons sont à la fois pratiques et pastorales : le vaste volume de l’église difficile à chauffer en hiver, la hausse du coût de l’énergie, les préoccupations environnementales, le nombre plus restreint de participants aux offices de semaine et la nécessité de préserver les œuvres sensibles à l’humidité ascendante liée au ruisseau Girondiat et aux eaux souterraines. L’idée n’est pas nouvelle : le curé Auguste Bastien l’avait déjà évoquée en 1976.
Le projet prend forme grâce à plusieurs collaborations. Le tabernacle provient de la chapelle du Home Degrange de Florennes, transféré vers la Résidence des Ducs en 2022. Il s’agit d’un don de la paroisse de Florennes, par l’intermédiaire du chanoine-doyen Philippe Masson. L’autel, quant à lui, est celui des religieuses de la Doctrine chrétienne de Morialmé, présentes à l’école Sainte-Marie de 1975 à 1993.
À la fin de l’année 2025, la Fabrique d’église reçoit également un ensemble remarquable : douze portraits d’apôtres en cuivre repoussé, réalisés par l’abbé Ernest Dardenne (1859-1940), prêtre du diocèse de Tournai et artiste reconnu. Judas Iscariote n’y figure pas ; l’artiste a choisi de représenter Matthias, désigné pour prendre sa place. Ces œuvres proviennent d’un legs familial et ont été offertes par Monsieur et Madame Raymond Reman. Après nettoyage et remplacement des encadrements très abîmés, elles ont trouvé place sur le mur de la chapelle, seul espace suffisamment vaste pour les accueillir ensemble. La restauration à l’identique des cadres n’était pas envisageable pour des raisons techniques et budgétaires.
La technique du cuivre repoussé, qui consiste à modeler en relief une feuille de métal depuis l’envers, confère à ces apôtres une présence singulière. La plupart d’entre eux, martyrs selon la tradition chrétienne, rappellent le témoignage et la fidélité jusqu’au don de la vie.
Ainsi réaménagée, la chapelle d’hiver devient un lieu de prière plus intime et plus convivial. L’initiative marque l’aboutissement d’un projet paroissial réfléchi, alliant responsabilité écologique, sauvegarde du patrimoine et souci pastoral. À la communauté désormais de faire vivre cet espace, afin que cette « troisième vie » de la chapelle Notre-Dame de Lourdes soit celle d’une foi partagée, humble et fidèle, au cœur de l’hiver comme au fil des saisons.
Infos : Robert Mouchet, Président Fabrique d’Église – 5621 Morialmé – morialme@fabriques-namlux.be