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Auteur
Christine Bolinne Auteure
Date
13 mars 2026
Catégories
Patrimoine
Type
Expo à Namur : la page perdue d’un antiphonaire du Moyen Âge retrouve son livre d’origine
C’est une redécouverte qui fera vibrer les amoureux d’histoire et de patrimoine : la première page d’un manuscrit du Moyen Âge, considérée comme perdue depuis des décennies, vient d’être retrouvée… à quelques centaines de mètres à peine de l’ouvrage auquel elle appartenait. A découvrir au TreM.a–Musée des Arts anciens du Namurois jusqu’au 15 mars.

Les collections namuroises réservent encore bien des surprises. À l’occasion d’une exposition consacrée à l’histoire de l’ancienne abbaye cistercienne de Marche-les-Dames, les équipes de la Société archéologique de Namur (SAN) et du Musée diocésain ont mis au jour une découverte exceptionnelle : un feuillet conservé au Musée diocésain, jusqu’ici catalogué comme fragment d’un livre disparu, est en réalité la toute première page d’un manuscrit précieusement conservé par la SAN. Ce manuscrit, un antiphonaire, est un livre liturgique.
Les deux institutions conservent des manuscrits issus de l’ancienne abbaye de Marche-les-Dames, dont le patrimoine fut dispersé au 19e siècle après la suppression des communautés religieuses à la fin du 18e siècle. Livres de chant, antiphonaires, fragments épars : ces témoins des 15e et 16e siècles racontent la vie liturgique des moniales cisterciennes. C’est dans le cadre de l’étude approfondie de ces manuscrits qu’Anne-Emmanuelle Ceulemans, musicologue et professeure à l’UCLouvain, (la photo) a fait la découverte.
Page après page, elle a analysé les chants, identifié les mains des copistes, comparé les styles décoratifs, examiné les pigments, les dimensions, la mise en page. Le verdict est sans appel : écriture identique, parfaite concordance du texte, mêmes caractéristiques matérielles et décoratives. Le fragment du Musée diocésain correspond exactement au premier feuillet de l’antiphonaire conservé par la SAN. Le manuscrit a ainsi retrouvé son ouverture originale, plusieurs siècles après sa séparation. Quand et comment cette page s’est-elle détachée ? Le mystère demeure. Il est possible que le feuillet ait déjà été séparé du volume avant même la dispersion des collections de l’abbaye.
Une redécouverte inédite
Le fragment retrouvé s’ouvre sur une lettrine « A » introduisant le chant Alléluia et se termine, au verso, sur les mots « Dum transisset sabba- ». Anne-Emmanuelle Ceulemans y a reconnu le début du répons pascal Dum transisset sabbatum, dont la suite figure précisément sur la page suivante du manuscrit conservé à la SAN. Un enchaînement qui ne laisse place à aucun doute. Les manuscrits de Marche-les-Dames avaient pourtant été étudiés et répertoriés par d’éminents historiens et archivistes, dont Paul Faider et Ferdinand Courtoy. Aucun n’avait identifié ce rapprochement. Cette découverte rappelle avec force qu’aucun fragment n’est anodin, que les collections patrimoniales recèlent encore des trésors insoupçonnés et que notre patrimoine, même étudié de longue date, peut toujours livrer de nouvelles révélations. Le public peut admirer le manuscrit et son feuillet retrouvé dans le cadre de l’exposition consacrée à l’abbaye de Marche-les-Dames, organisée par la Société archéologique de Namur et présentée au TreM.a–Musée des Arts anciens du Namurois (rue de Fer) jusqu’au 15 mars. Une histoire de patience, d’expertise… et de regard neuf, qui prouve que le Moyen Âge n’a pas fini de nous surprendre.
