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Auteur

Christine Gosselin Auteure

Date

5 octobre 2026

Catégories

Art
Jeunes
Namur
Oecuménisme
Patrimoine

Type

Actualités diocésaines

Une fresque pour faire vivre l’héritage de l’abbé Joseph André

Le 14 octobre, une grande fresque consacrée à l’abbé Joseph André sera inaugurée à Namur, en présence notamment de descendants d’enfants cachés, de l’évêque de Namur, des autorités de la Ville et d’élèves de l’IATA. L’œuvre rend hommage à ce prêtre namurois, Juste parmi les Nations, qui sauva des centaines d’enfants juifs pendant la Seconde Guerre mondiale. Mais elle invite aussi à regarder le présent : son histoire est aujourd’hui au cœur d’UNHATE – Sans Haine, un vaste projet éducatif qui propose aux jeunes d’apprendre à résister aux préjugés, à la désinformation et à la haine de l’autre.

Un immense mur de Namur est en train de devenir un lieu de mémoire. Sur près de 20 mètres sur 10, une fresque réalisée par le collectif d’artistes Propaganza fait revivre la figure de l’abbé Joseph André. Son inauguration, le 14 octobre à 14h, constituera l’un des premiers temps forts pour le projet UNHATE – Sans Haine : « Résister à la haine, choisir la rencontre » qui s’adresse aux écoles de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

L’abbé André, un choix qui parle encore aujourd’hui

Pendant l’Occupation, autour de la place de l’Ange à Namur, l’abbé Joseph André organise clandestinement le sauvetage de centaines d’enfants juifs. Reconnu par la suite Juste parmi les Nations, il devient aujourd’hui l’une des figures autour desquelles des élèves sont invités à réfléchir à une question très actuelle : face à la peur, aux préjugés et à la haine de l’autre, quelle place voulons-nous prendre ?

Car c’est bien là l’ambition d’UNHATE. Porté par l’ASBL Mediel et soutenu par l’Union européenne pour la période 2026-2028, le projet veut prévenir et combattre l’antisémitisme contemporain, notamment en ligne, mais aussi dans les écoles en associant éducation, mémoire, médias, dialogue interculturel et création artistique. Plus de 2.000 jeunes devraient être (directement = supprimer) touchés par ses différentes actions.

À Namur, l’IATA est la première école à s’être engagée dans le projet UNHATE en proposant à une classe de rhétorique, encadrée par sept professeurs, de participer à cette aventure tout au long de l’année scolaire. Histoire, arts, religion, anglais, français et géographie se croisent autour d’un même fil rouge : comprendre les mécanismes qui conduisent au rejet de l’autre, mais surtout découvrir comment il est possible d’y résister.

De la mémoire à la rencontre

Les élèves ne découvrent pas l’abbé André uniquement dans les livres. Ils rencontrent des personnes qui portent encore aujourd’hui sa mémoire. Parmi elles, Freddy Avni est venu leur raconter l’histoire de son oncle, Theo Glicksman, sauvé par l’abbé André, comme de nombreux autres enfants. Une première rencontre organisée dans le cadre du cours de religion d’Anne-Françoise Zeevaert, peu avant les Fêtes de Wallonie.

Les jeunes ont également découvert la fresque en cours de réalisation et rencontré Amandine Lesay, du collectif Propaganza, chargée de sa réalisation. Certains ont assisté à des interviews de témoins liés à l’abbé André par leur histoire personnelle ou familiale.

Mais le projet ne s’arrête pas à l’écoute des témoins. Avec Virginie Delporte, qui enseigne les arts plastiques en 11e année Steiner – l’équivalent de la rhétorique –, les élèves sont venus, à leur tour, travailler au pied de la fresque. Dans leurs mains, des silhouettes découpées au pochoir représentent des personnes déportées. Elles sont déposées au pied de l’œuvre, comme autant de traces destinées à faire mémoire. Trois ateliers leur permettent ce premier vendredi du mois d’octobre de prolonger la réflexion : par les poèmes, les mots et les portraits. Anna-Clara, Arnaud, Myrthe, Erika, Elisa et Chiara etc… disent combien cette histoire les touche. Une proximité les interpelle particulièrement : « nous aurions pu être ces enfants et les événements dont nous découvrons aujourd’hui la violence se sont déroulés, il y a à peine quelques générations, dans des rues que nous fréquentent quotidiennement ».

Mettre des mots sur ce qu’ils ressentent, traduire une émotion en image, choisir une couleur ou une calligraphie en dialogue avec la fresque : autant de manières, pour eux, de ne pas oublier et de rendre hommage. Dans un contexte où les extrémismes et les discours de rejet restent présents, ce travail artistique donne une dimension très concrète à la question qui traverse tout le projet : que faisons-nous, aujourd’hui, de cette mémoire ?

Le parcours les conduit aussi à découvrir Etty Hillesum, jeune femme juive néerlandaise qui, au cœur de la persécution nazie, refusa de laisser la haine de ses bourreaux déterminer son propre regard sur l’humanité. D’autres rencontres, une visite de la Caserne Dossin, des travaux sur la désinformation et les extrémismes, mais aussi des podcasts, des créations artistiques, leur participation à des émissions radio et télévisées sur la RTBF (émissions En Quête de Sens – Il était une foi) et une pièce de théâtre prolongeront la réflexion jusqu’au printemps 2027. Ces outils pédagogiques produits avec les jeunes nourriront le contenu d’une appli mobile intitulée UNHATE (www.unhate.app ).

Tout au long de ce parcours, les jeunes tiendront un « carnet d’humanité », dans lequel ils conserveront impressions, émotions, réflexions, dessins et idées nés de leurs rencontres. Une manière de ne pas seulement apprendre l’histoire, mais de se demander ce qu’elle peut encore changer dans notre manière de regarder l’autre aujourd’hui.

L’inauguration de la fresque du 14 octobre à 14h, au passage Saint Joseph  prend ainsi tout son sens. Plus qu’un hommage à un homme courageux, elle remet dans l’espace public le visage et l’histoire d’un prêtre de notre diocèse qui, à une époque où des hommes, des femmes et des enfants étaient désignés comme ennemis, a choisi de protéger plutôt que de rejeter. Un témoin d’espérance dont le geste, plus de quatre-vingts ans plus tard, continue de poser une question à chacun : et nous, quelle place voulons-nous prendre ?

Contact projet UNHATE: André Bossuroy, aboss@skynet.be  –
crédit Photo : André Bossuroy (photo mise en avant) et Christine Gosselin

Christine Gosselin

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