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Auteur
Christine Gosselin Auteure
Date
16 octobre 2026
Catégories
Pastorale de la Santé
Type
Quand tout s’effondre, où jeter l’ancre ?
Plus d’une centaine de « Visiteurs » venus de tout le diocèse ont répondu à l’invitation du Service de la Pastorale de la Santé à vivre une journée de formation au thème profondément humain : « Quand tout s’effondre, l’ancre de l’espérance ? ». Témoignage fort, partage et relecture à la lumière des Psaumes ont permis à chacun de revenir aussi à sa propre histoire : comment traverser l’angoisse, la culpabilité, la colère, la tristesse ou la perte ? Et où trouver un point d’ancrage lorsque tout semble vaciller ? Chemin à vivre pour soi-même et à accompagner auprès de ceux que l’on visite…
Il est des moments où les repères disparaissent, où la vie semble soudain perdre son équilibre. C’est à partir de ces expériences d’effondrement que les nombreux participants ont été invités à cheminer, accompagnés par Sœur Marie-Pascale Crèvecoeur, dominicaine missionnaire, bibliste et fondatrice de la Congrégation des Dominicaines Missionnaires d’Afrique au Rwanda.

Plutôt qu’un enseignement théorique, ce sont 86 années d’une vie jalonnée de divers effondrements que Sœur Marie-Pascale a osé laisser parler. Où allait-elle trouver des points d’appui ?
Orpheline dès sa naissance, Janine – de son nom de baptême – découvre très tôt le mystère de l’absence, la perte et ces blessures qui peuvent continuer longtemps à travailler intérieurement. C’est pourtant dans cette enfance marquée par le deuil que se noue l’un des fils rouges de son existence : une relation avec Dieu à travers sa Parole. Encore enfant, elle achète un à un les Évangiles et découvre dans celui de Jean le dialogue de Jésus avec Marthe devant la mort de Lazare : « Je suis la résurrection. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra. » Cette parole devient une première ancre pour sa foi. Bien plus, sur la tombe de ses parents, elle comprend que, si cette parole est vraie, elle mérite d’être portée plus loin. Naît alors son désir de devenir missionnaire. Après des études de philologie classique à Namur et à Louvain, une autre parole, celle du prophète Osée – « Je te fiancerai à moi pour toujours » – l’accompagnera dans son choix de devenir religieuse.
Elle ne sera pas préservée des tempêtes. Entrée chez les Dominicaines Missionnaires à Salzinnes, elle apprend, au début de sa formation, le massacre de neuf de ses consœurs à Watsa, au Congo. Elle saura à quoi s’en tenir et sera parmi celles qui repartiront très vite dans ce pays meurtri. Au fil de ses missions en plusieurs pays d’Afrique, elle sera confrontée à la guerre, aux déplacements de populations, à la violence et à la mort. Au Rwanda, pendant le génocide, elle choisit avec deux autres sœurs belges de rester auprès des sœurs africaines dans la congrégation qu’elle y a fondée quelques années plus tôt. Plus tard, en République centrafricaine, un coup d’État lui fait à nouveau expérimenter la force de rester unis lorsque tout vacille. Et à 86 ans, le lien demeure : Sœur Marie-Pascale s’apprête à repartir avec joie, le 13 novembre, retrouver ses sœurs au Rwanda.
À travers ces expériences, une même question revient : où s’accrocher lorsque les certitudes s’effondrent ? Pour Sœur Marie-Pascale, la foi ne fait pas disparaître la souffrance. Elle invite plutôt à revenir sans cesse à cette Parole qui permet de poursuivre, envers et contre tout, le lien avec Dieu. De l’Évangile aux Psaumes, certaines paroles sont devenues de véritables points d’ancrage, accompagnant les guérisons spirituelles qui ont jalonné – et jalonnent encore – son existence.
Sa soif de la Parole ne l’a d’ailleurs jamais quittée. Le désir de l’approfondir la conduira à reprendre des études, tout en restant en mission, grâce à l’enseignement à distance. Dans la septantaine, à l’âge où beaucoup sont déjà pensionnés, elle décroche un master en théologie biblique…
L’image de l’ancre choisie pour évoquer l’espérance est biblique Hb 6, 9 … et on peut l’interpréter comme le fait Saint Thomas d’Aquin : « L’homme doit être fixé à cette espérance comme l’ancre est elle-même attachée au vaisseau. Mais il y a cette différence entre l’ancre et l’espérance : la première est jetée au fond de la mer, tandis que la seconde est accrochée en haut, c’est-à-dire en Dieu. » On l’a compris, ce n’est pas au fond de ses épreuves que Sr Marie Pascale a tenté de s’accrocher mais « dans le ciel auprès du Seigneur Bien Aimé ». Si l’ancre empêche le bateau de dériver, l’espérance en Celui à qui nous sommes attachés est l’ancrage qui permet, lorsque survient la tempête de l’épreuve, de ne pas sombrer…
Après un bon temps d’intériorisation dans une qualité de silence impressionnante, les participants ont partagé à leur tour en petits groupes l’un ou l’autre effondrement qu’ils ont traversé et ce qui les a maintenus à flot. Ils ont été invités à penser d’abord à eux car lorsqu’on visite les malades on arrive avec sa propre personne…si possible apaisée parce que solidement ancrée…
Dans l’après-midi, à travers une étude biblique, leur attention s’est davantage portée vers les personnes visitées qui passent encore et sont passées aussi par tant d’émotions et de bouleversements…
Les Psaumes, des mots pour ce que nous traversons
« Quoi qu’il arrive, oser parler à Dieu » tel est le titre donné par Sr Marie Pascale à son exposé. Les Psaumes permettent de prier à partir de ce que l’on vit, de ce que l’on a vécu et même de ce que l’on redoute. Angoisse, regret, tristesse, colère, mort… rien de ce qui appartient à l’existence humaine n’est étranger à ces prières non aseptisées…
L’angoisse, d’abord. Les Psaumes la décrivent jusque dans le corps : le souffle manque, le cœur s’épouvante, les forces abandonnent. Celui qui prie ne nie pas sa détresse, il la crie à Dieu. Il demande à être délivré, à reprendre pied, à retrouver le souffle. La plupart du temps l’angoisse fait fuir l’entourage et on se retrouve seul. La présence même du Visiteur qui aime assez pour rester, est un témoignage de la sollicitude de notre Dieu. « Je suis pauvre et malheureux, mais le Seigneur pense à moi. » et « Ton souffle est bienfaisant »
La colère a, elle aussi, sa place dans les Psaumes. Certains mots peuvent même surprendre par leur violence. Mais exprimer sa colère dans la prière permet de déposer devant Dieu ce qui révolte et ce qui blesse et jusqu’à son désir de vengeance plutôt que de le traduire en actes. Refuser l’indifférence devant le mal, c’est même communier à la propre colère de Dieu qui déteste le mal parce qu’il fait mal et qui invite l’éviter absolument. Le Visiteur n’aura pas peur d’écouter les cris de colère, jusqu’au bout…
Vient ensuite le regret. Là où le sentiment de culpabilité peut enfermer, le remords ronger le cœur et le regret vouloir réécrire le passé, les Psaumes parlent davantage de repentir : reconnaître ce qui a été, le dire, demander pardon, rencontrer la tendresse de Dieu et jouir d’une libération inconditionnelle. Alors prendre un autre chemin devient possible. Le Visiteur discrètement pourra être celui qui montre une porte qui s’ouvre…
La tristesse peut aussi trouver sa place dans la prière. Les Psaumes ne craignent ni les plaintes, ni les gémissements, ni les larmes. Ils parlent de la vieillesse, de la maladie, de l’athéisme ambiant, jusqu’à cette question : « Où est-il, ton Dieu ? » Tout doucement, au cœur de la tristesse, peut apparaître la consolation et le visiteur en trouver les mots.
Devançant le salut escompté, car la résignation n’est pas la norme, la reconnaissance et la joie apparaissent au cœur même de la supplication. « Qui sème dans les larmes moissonne dans la joie. » Joie qui se manifeste en cris, en chants, en musique et même en danse. Le visiteur pourra rassembler comme en un bouquet ce que la personne a vécu de beau…L’espérance alors n’efface rien de ce qui a été rude, mais elle permet qu’un avenir s’ouvre à nouveau.
Reste l’expérience de l’ultime effondrement : la mort. Dans le Psaume 87, particulièrement sombre, la seule compagne du grand malade ce sont les ténèbres. Mais du fond de l’obscurité, le psalmiste continue de s’adresser à Dieu, à son Dieu. Et le psaume le 15 (16) débordant d’espérance laisse deviner une éternité de délices auprès d’un Dieu dont on a fait dès cette vie son seul bonheur. Le Visiteur annonce ce bonheur par la qualité de sa présence, de ses silences, de ses paroles, surtout de sa fidélité jusqu’au bout. Rien de la détresse n’a été passé sous silence, on aura cherché ensemble où jeter l’ancre, là où un avenir est toujours ouvert…et l’espérance aura été la plus forte.
« Dieu est pour nous refuge et force, secours dans la détresse, toujours offert. Nous serons sans crainte si la terre est secouée, si les montagnes s’effondrent au creux de la mer. »
Psaume 45 (46)
Un enseignement vivifiant, des visiteurs touchés, un climat d’intériorité et une ambiance fraternelle… L’envie très forte de déjà se revoir…
Cri du cœur d’une participante : « Quelle belle journée émouvante et riche ! Ces journées sont tellement inspirantes, ça me fait un bien fou, car je me sens souvent bien « isolée » dans notre doyenné concernant la pastorale des visiteurs !».
A l’heure des remerciements, Isabelle Michiels exprime au nom de tous sa vive gratitude à Sr Marie Pascale, et salue aussi l’engagement précieux de chaque visiteur. Elle lance aux parents et grands-parents présents une piste concrète pour éveiller chez les plus jeunes le goût de cette mission de « visiteur » si essentielle à l’Eglise et au monde. Le succès de cette journée est aussi le fruit de l’investissement souligné d’une équipe unie et enthousiaste, la Commission diocésaine des Visiteurs. D’ores et déjà, rendez-vous est donné à tous le 11 février pour une rencontre inédite à l’occasion de la journée mondiale des malades, en la fête de Notre-Dame de Lourdes, rencontre qui déjà… se prépare en coulisses !
Christine Gosselin