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Auteur
Christine Gosselin Auteure
Date
10 septembre 2026
Catégories
Folklore
Patrimoine
Pèlerinage
Type
À Fosses-la-Ville, Saint Feuillen rassemble toujours
Tous les sept ans, Fosses-la-Ville vit au rythme de saint Feuillen. Du recueillement devant les reliques au son des fifres et des tambours, la Septennale mêle foi, histoire, folklore et traditions militaires. Le dimanche 27 septembre, le « Grand Jour » verra à nouveau des milliers de pas parcourir les quelque 12 kilomètres du Tour. Mais derrière les uniformes et les salves demeure surtout une histoire de transmission : celle d’une ville qui, depuis des siècles, continue de se rassembler autour de son saint patron.
À Fosses-la-Ville, la Saint-Feuillen fait partir intégrante de la vie de ville et de la mémoire de ses habitants. On y marche en famille, on y retrouve des amis, on transmet les gestes et les souvenirs aux plus jeunes. Et même si les motivations des participants sont aujourd’hui multiples, au centre du cortège demeurent le buste et la châsse contenant les reliques de saint Feuillen. Portées, selon la tradition, par des familles d’agriculteurs, elles rappellent que la Marche est d’abord née d’une histoire de foi.
Un moine missionnaire à l’origine de Fosses
Pour comprendre cette tradition, il faut remonter au VIIe siècle. Feuillen est un moine irlandais qui quitte son pays dans un élan missionnaire pour évangéliser le continent européen. Après un passage en Angleterre, il arrive à Nivelles. Vers 651, il reçoit un domaine situé au bord de la Bebrona, l’actuelle Biesme, et y fonde un monastère. Celui-ci devient un centre religieux autour duquel se développe progressivement la ville de Fosses.

Quelques années plus tard, en 655, Feuillen est assassiné dans la forêt charbonnière. Son corps est retrouvé et ramené à Fosses, où il est inhumé. Très vite, une dévotion se développe autour de ses reliques. Le saint est notamment invoqué face aux maladies, aux épidémies et aux intempéries, mais aussi pour obtenir de bonnes récoltes.
Les processions qui naissent de cette dévotion sont anciennes : une première trace écrite remonte à 1086, à l’occasion de l’élévation des reliques. Dès le XVIe siècle apparaît un rythme qui semble déjà suivre un cycle de sept ans. La dimension militaire s’ajoute elle aussi progressivement à la procession avec l’escorte des reliques par des hommes en armes. En 1635, alors qu’une épidémie de peste frappe la région, les archives mentionnent le « vœu de septennat ». Le rythme de sept ans sera définitivement fixé en 1837.
C’est ainsi qu’au fil des siècles s’est formée cette étonnante rencontre entre le religieux, le militaire et le populaire. Les compagnies militaires escortent les reliques, perpétuant une tradition héritée notamment des arquebusiers du XVIe siècle.
Plusieurs rites rappellent également explicitement le sens spirituel de la Marche. Le samedi 19 septembre, lors de la veillée d’armes, les reliques seront descendues et placées dans le chœur de la collégiale. Les compagnies se relaieront alors pour monter une garde d’honneur, tandis que les pèlerins pourront venir se recueillir. Le lendemain, la messe sera suivie de la traditionnelle bénédiction des armes et des marcheurs. Un geste qui rappelle que, malgré son apparence militaire, la Marche demeure un acte de foi.
Le samedi 26 septembre constituera une autre étape importante. Après l’accueil du buste reliquaire de sainte Gertrude, Mgr Fabien Lejeusne présidera à 18h la messe pontificale solennelle des pèlerins en la collégiale. À 19h, une retraite aux flambeaux parcourra les anciens remparts de la ville.
Le Grand Jour
Et puis viendra le dimanche 27 septembre. Dès l’aube, Fosses-la-Ville changera de visage. Les compagnies arriveront de toutes parts, les tambours résonneront et les uniformes envahiront les rues. À 8h30, la procession en l’honneur de saint Feuillen prendra le départ pour un Tour d’environ 12 kilomètres.
Le parcours lui-même porte une signification. En entourant la ville, il rappelle l’ancienne pratique de la « circumambulation » : faire le tour d’un territoire pour le placer symboliquement sous la protection du saint.
La journée sera ponctuée de ces gestes que les générations de Fossois connaissent bien : les bataillons carrés, les salves tirées en l’honneur du saint, l’apparition symbolique du fameux « lièvre de Saint Feuillen », la spectaculaire descente de la Folie et, enfin, le feu de file. Autant de traditions qui donnent à cette journée son visage si particulier.
La fête ne s’arrêtera d’ailleurs pas au Grand Jour. Après les visites traditionnelles des compagnies les 28 et 29 septembre et la sortie des Tchôds-Tchôds le 30, le Tour des pèlerins, le samedi 3 octobre, retrouvera une atmosphère plus intime, faite de prière et de recueillement. Le lendemain aura lieu la remise des médailles. Enfin, le 25 octobre, une grand-messe clôturera l’année paroissiale et septennale, avec le renouvellement du serment des confrères.
Christine Gosselin