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Auteur

Christine Gosselin Auteure

Date

3 septembre 2026

Catégories

Art
Oecuménisme
Patrimoine
Spiritualité

Type

Actualités diocésaines

À Namur, l’abbé André reprend des couleurs

Depuis le 24 août, un grand mur de l’Institut Ilon Saint-Jacques, au cœur de Namur, se transforme peu à peu sous les pinceaux d’Amandine Lesay. Une fresque y fera revivre la figure de l’abbé Joseph André, le prêtre namurois qui contribua à sauver plus de 300 enfants juifs durant la Seconde Guerre mondiale. Porté notamment par Freddy Avni, descendant d’une famille d’enfants cachés, le projet veut transmettre une mémoire mais aussi, dans un monde à nouveau traversé par les divisions, faire rayonner un message de fraternité et d’espérance.

Il aura fallu près de trois ans pour trouver le bon mur. Un premier projet avait été envisagé du côté de la paroisse Saint-Nicolas, mais n’avait pas obtenu l’assentiement du comité de quartier ni de permis d’urbanisme. Par l’intermédiaire de Tanguy Auspert, les initiateurs entrent finalement en contact avec le conseil d’administration de l’Institut Ilon Saint-Jacques, établissement d’enseignement secondaire catholique au cœur de Namur. Le projet obtient cette fois le permis d’urbanisme à la grande joie de l’équipe porteuse qui souligne l’assistance bienveillante des différents services de la ville concernés par le projet.

L’école accepte de mettre à disposition son grand pignon nord :« Le pignon était complètement nu, explique Freddy Avni. Et, surtout, il jouxte l’église Saint-Joseph où officiait l’abbé André. Nous sommes donc tout près des lieux qu’il fréquentait et où s’est écrite son histoire. »

De l’ombre vers la lumière

Restait à imaginer ce qui allait prendre place sur ce grand mur. Plusieurs projets ont été esquissés avec Propaganza avant d’aboutir à la composition actuelle, confiée à la jeune artiste Amandine Lesay.

Au centre : l’abbé André, immédiatement reconnaissable à sa soutane. Autour de lui, des enfants. En perspective, la place de l’Ange, autre lieu indissociable de son histoire. Des mots et quelques phrases accompagnent la composition. Certains caractères empruntent volontairement à l’écriture gothique, comme un rappel de l’occupation nazie.

Projet de la fresque/ Propaganza. Amandine Lesay.

Mais pas question pour autant de réaliser une fresque sombre. Les couleurs seront franches, vivantes. Car l’œuvre raconte aussi une victoire de la lumière sur la peur : celle d’un homme qui, au péril de sa vie, choisit de tendre la main. Durant l’Occupation, la Maison des Œuvres de la place de l’Ange devint en effet le centre d’un réseau permettant de mettre à l’abri des enfants juifs avant de leur trouver une famille ou une institution où se cacher. Et tout cela à quelques pas seulement des occupants allemands.

« On est tous frères »

Cette histoire, Freddy Avni la porte d’une manière toute particulière. Médecin et professeur en radiologie pédiatrique, il est lui-même descendant d’une famille marquée par la Shoah et les enfants cachés. Son oncle Théo Gliksberg fut notamment protégé durant plusieurs mois par l’abbé André. Freddy Avni est, par ailleurs, l’auteur d’un livre tout récent Je suis le porteur de mémoires, (2025) autour de l’histoire de sa famille.

Et voilà qu’au moment même où la fresque prend forme, le passé réserve encore une surprise ! Un enregistrement de l’abbé André, réalisé en 1968 à l’occasion d’un séjour en Israël, vient d’être retrouvé. On y entend le prêtre expliquer avec une simplicité désarmante ce qui guidait son action : « On est tous frères. »Il ne parle pas du danger qu’il a couru. Il explique simplement que les religions sont apparentées et qu’il est humain de tendre la main à son prochain. Plus étonnant encore pour l’époque, il dit être venu en Israël porteur d’un message de paix de nos « frères de confession musulmane» qu’il côtoyait à Namur.

Près de soixante ans plus tard, ces paroles donnent une résonance particulière au projet. « C’est vraiment dans cet esprit d’humanisme et de solidarité que nous voulons inscrire la fresque », souligne Freddy Avni.

Présenté à Mgr Lejeusne, le projet a reçu un accueil enthousiaste de l’évêque, précisément pour ce message de fraternité qui traverse les appartenances et prend une acuité particulière dans le contexte actuel.

Une fresque pour transmettre

L’œuvre ne restera d’ailleurs pas simplement un beau dessin sur un mur.

Elle intégrera le parcours des fresques de Namur et un QR-code permettra aux passants de découvrir l’histoire de l’abbé André. Une classe de l’IATA va également s’approprier le projet durant toute l’année scolaire et travailler autour de la fresque et de la mémoire qu’elle porte.

Un autre projet se construit parallèlement sous l’objectif du photographe et réalisateur André Bossuroy. Son film réunira documents d’archives et témoignages, notamment ceux d’un enfant caché vivant aujourd’hui à Monaco, de Marie-Paule Arnould, fille du médecin qui cacha les parents des enfants, de Jacqueline André, nièce de l’abbé, ou encore du notaire Pirson, dont l’étude familiale jouxtait la maison des œuvres place de l’Ange. Le film sera complété par des témoignages de descendants des enfants cachés par l’abbé André, par des documents et des photos. André Bossuroy avait récemment diffusé sur CathoBel L’Ombre et le Juste, un film documentaire de 26 minutes qui raconte, à travers l’histoire d’un enfant caché par l’abbé Joseph André, le courage et l’engagement de celui-ci durant la Seconde Guerre mondiale. Un film, tourné notamment avec des enfants et leurs familles dans le Namur de 2025.

Le premier coup de pinceau a été donné le lundi 24 août, jour de la rentrée scolaire. Depuis, l’abbé André et les enfants apparaissent peu à peu sur le pignon namurois.

L’inauguration est prévue le 14 octobre à 14h, en présence notamment de Mgr Fabien Lejeusne, de Mme Charlotte Bazelaire, bourgmestre de Namur, de Mme Regina Sluszny présidente de l’association « L’Enfant caché » et de plusieurs enfants cachés encore en vie ainsi que leurs descendants. Plus de huit décennies après les faits, ceux que l’abbé André protégeait lorsqu’ils étaient enfants seront donc là pour voir son visage prendre place dans la ville.

Une fresque pour se souvenir, certainement. Mais peut-être surtout pour interpeller ceux qui passeront demain devant elle. Car derrière les couleurs et les images demeure cette phrase toute simple de l’abbé André, qui pourrait à elle seule servir de légende à l’œuvre : « On est tous frères. »

Christine Gosselin

Crédit Photo : André Bossuroy.

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