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Auteur

Christine Gosselin Auteure

Date

4 novembre 2026

Catégories

Noël

Type

Actualités diocésaines
Témoignages

Agnès Chevalier : des contes pour partager la joie de croire

Et si l’on prenait le temps de s’arrêter, d’écouter une histoire et de s’émerveiller ? Agnès Chevalier propose aux paroisses deux spectacles de contes chrétiens: l’un autour de Léonie Martin, sœur de sainte Thérèse de Lisieux, l’autre pour entrer doucement dans la joie de Noël. Deux créations très personnelles, nourries de souvenirs familiaux, de foi et d’une conviction : une histoire peut toucher petits et grands et, parfois, redonner un peu de courage et de joie.

« Si vous avez des talents, faites-en part. » Lorsque Agnès Chevalier lit cette phrase sur le formulaire d’inscription au camp Laudato Si’ 2025 à Pondrôme, elle se surprend elle-même à oser écrire : « Je jongle et je sais raconter des histoires. » La réponse ne tarde pas : « Pourriez-vous le faire au camp ? » Sans savoir encore exactement ce qu’elle proposera, Agnès accepte. Et l’accueil est enthousiaste : « Tout le monde m’a encouragée à continuer. » L’idée d’un véritable spectacle commence alors à germer.

Il faut dire que cette maman de trois grands enfants n’est pas tout à fait novice. Historienne de l’art de formation et aujourd’hui chargée de projet dans une association de sensibilisation à l’aménagement du territoire, Agnès a toujours gardé un pied dans l’univers de la scène : « je jonglais pour me détendre » explique celle qui a pratiqué le théâtre puis l’improvisation en amateur pendant plusieurs années, avant de suivre des formations à l’art du conte, notamment à Chiny et à Bruxelles. Un goût des histoires qu’elle a aussi souvent mis au service de la transmission de la foi en tant que catéchiste : « J’aime raconter l’Évangile aux enfants, surtout Noël. »

Une boîte à couture pleine d’histoires

Pour sa première création, Agnès pense tout naturellement à Noël et aux histoires entendues dans son enfance. « On ne raconte plus ces vieilles histoires de Noël avec leurs miracles un peu mignons. Elles ont pourtant une si délicieuse saveur. » Avec elles revient le souvenir de sa grand-mère qui les racontait si bien. « Elle avait sa pièce à couture, avec sa machine, sa boîte remplie de fils, de boutons, d’épingles mais aussi d’images, de petits carnets de notes, etc. Avec mes cousins, nous savions que lorsqu’elle s’installait pour raccommoder, il était parfois possible de lui “grapiller une histoire”. À une condition : être bien installé sur un coussin, car pas question de s’asseoir par terre ! » La vieille boîte à couture s’impose alors comme une évidence et devient le fil rouge d’« Une boîte à couture pour Noël ». Agnès en sort des objets qui, l’un après l’autre, font surgir les histoires. « Tout était déjà dedans ! J’ai juste ajouté un feu de Bengale », sourit-elle. Marie, Joseph, l’enfant Jésus et d’autres personnages en quête de lumière et de générosité entraînent joyeusement le public vers Noël.

Ces histoires, Agnès ne les destine pas spécialement aux enfants ou au catéchisme. Elle aime au contraire les publics où les générations se mélangent. « Je ne suis ni théologienne ni pédagogue. Je suis juste une chrétienne ordinaire, explique-t-elle. Les vieux contes ont plusieurs niveaux de lecture et chacun peut y entendre quelque chose qui lui parle. »

Avec Léonie, tomber et se relever

Son second spectacle, « Léonie cherche la Joie », est né dans un contexte plus personnel. Alors qu’elle traverse une période difficile, Agnès découvre Léonie Martin à l’occasion d’une retraite. La sœur de sainte Thérèse de Lisieux, aujourd’hui reconnue servante de Dieu, a connu les échecs, les blessures et les difficultés avant de trouver progressivement sa place et une profonde paix intérieure. Cette figure touche immédiatement Agnès. « Léonie est tellement tombée… » Son chemin n’est pas celui d’une réussite immédiate, mais celui de toute une vie, faite de chutes, de recommencements et de confiance. Agnès est aussi sensible au fait que Léonie ait vécu longtemps : « elle est morte à 78 ans. Sa conversion, sa recherche de la joie et de la paix se sont inscrites dans la durée ». Agnès prend contact avec les sœurs de la Visitation de Caen, qui l’encouragent, la portent dans leur prière et accueillent favorablement son projet en mémoire de leur consoeur.

« On vit quelque chose ensemble »

Dans les spectacles d’Agnès, le public n’est jamais simplement spectateur. Elle l’interpelle, échange avec lui, joue de la flûte, gratte quelques notes de mandoline ou se met à chanter lorsque l’histoire l’appelle. Elle cherche même aujourd’hui – avis à qui pourrait l’aider ! – un grand bilboquet. « Le but, c’est que ce soit vivant, dynamique, quelque chose qui rassemble. » C’est précisément ce qu’elle aime tant dans l’art du conte : cet instant où la frontière entre la scène et la salle semble disparaître. « Il y a un moment où l’on sent qu’on vit quelque chose ensemble. C’est incroyable. » Rien n’est d’ailleurs totalement écrit ou figé. Le conte laisse une place à ce qui surgit sur le moment, à la rencontre et à la spontanéité. Pour Agnès, cela rejoint profondément la prière. Avant d’entrer en scène, elle prie pour ceux qui vont l’écouter. « Mes spectacles sont comme de grandes prières d’action de grâce, des moments offerts pour les personnes qui en ont besoin. » La jonglerie elle-même prend alors une autre dimension. Le geste peut devenir, à sa manière, prière et action de grâce. « Ce qui m’intéresse, c’est le mouvement d’amour qu’il y a dans la Trinité : un et en même temps trois, dans un mouvement qui nous rejoint, un mouvement intérieur et largement tourné vers les autres. » Et lorsque viennent les applaudissements, l’émotion est parfois forte : « J’ai presque envie de pleurer. Je ne pourrais pas raconter si le public n’était pas aussi généreux. »

Garder la capacité de s’émerveiller

S’il y a une chose qu’Agnès Chevalier souhaite que le public emporte avec lui, c’est bien cette « capacité de s’émerveiller ». Devant « ce Dieu tout petit qui vient vers nous » à Noël, mais aussi devant les grâces reçues au quotidien, y compris celles que l’on ne remarque pas, avec Léonie. Agnès aimerait aussi insuffler un peu de courage. « Savoir que l’on n’est pas seul, que l’on peut douter et que l’on peut rebondir. » Oser faire confiance, s’abandonner, dire merci. Car le chemin de conversion n’est pas nécessairement rectiligne. Il peut être fait de détours, de chutes et de nouveaux départs. Léonie Martin en est pour elle un beau témoin : « C’est l’histoire d’une vie. »

Christine Gosselin

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