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Auteur

Christine Gosselin Auteure

Date

8 octobre 2026

Catégories

Patrimoine
Tourisme

Type

Actualités diocésaines

Avant la messe télévisée, poussez la porte de la chapelle Saint-Martin d’Ivoy

Le dimanche 18 octobre à 11h, la messe télévisée présidée par l’abbé Juan-Carlos Conde Cid sera célébrée depuis la chapelle Saint-Martin d’Ivoy, à Maillen. C’est la deuxième fois cette année que les caméras prennent place dans ce petit édifice de la campagne d’Assesse, après une première célébration retransmise en janvier. Avant de découvrir la chapelle à l’écran, nous vous proposons d’en pousser virtuellement la porte. Derrière ses murs romans se cachent près de mille ans d’histoire : des fonts baptismaux médiévaux, une fresque de sainte Marie-Madeleine et, surtout, un plafond orné de vingt-trois peintures du XVIIe siècle qui rappelle celui de Notre-Dame de Foy !

À Ivoy, quelques maisons et un petit cimetière entourent la chapelle Saint-Martin. Nous sommes sur le territoire de Maillen, dans la commune d’Assesse, au milieu des campagnes. « La chapelle se situe au bord d’une chaussée romaine qui allait rejoindre les grands axes parcourant la Gaule (Cologne…) », précise Gisèle Fréart, sacristine de l’église Saint-Martin d’Ivoy et Sainte-Lucie de Maillen, passionnée d’histoire.

Avec ses dimensions modestes, la chapelle pourrait sembler se visiter en quelques minutes. Ce serait passer à côté de bien des découvertes ! Avec Gisèle Fréart et Mickaël Mallien, membre de la fabrique d’église locale, partons à la découverte de ce bâtiment témoin de plusieurs siècles de constructions et de transformations.

Une chapelle qui traverse les siècles

Ici, on parle de près de mille ans d’histoire ! L’édifice actuel trouve ses origines au XIe siècle, à l’époque romane. Il comportait alors trois nefs de trois travées, dont une partie seulement nous est parvenue.

Nos guides attirent notre attention sur le bas-côté nord, particulièrement ancien. C’est l’un des témoins les plus éloquents de la construction romane. « Le château d’Arches, un peu plus loin, a été construit sur un cimetière franc au Ve siècle. Il n’est donc pas exclu qu’un premier bâtiment ait été érigé dès l’époque romaine, comme en témoignent les briques rouges de récupération de construction des villas romaines observées sur la façade ouest de la chapelle », explique Gisèle Fréart.

Le bas-côté sud, lui, a disparu au fil des siècles, tandis que la nef centrale a été considérablement abaissée, vraisemblablement au XVIe siècle. Le chœur à chevet plat, reconstruit au XIIe siècle sur un plan plus vaste, ne se termine pas par l’abside arrondie que l’on pourrait attendre d’une église romane. À l’extérieur, une ancienne fenêtre en plein cintre, aujourd’hui murée, rappelle cette étape de son histoire.

Mais le lieu est plus ancien encore ! Des fouilles menées en 1987 et 1993 ont révélé les traces d’une construction antérieure et un sarcophage de remploi. La présence d’une tombe mérovingienne datée du Ve siècle, aujourd’hui recouverte, témoigne, elle aussi, de l’ancienneté de l’occupation du site.

Classée depuis le 18 mars 1949, la chapelle a bénéficié d’une importante restauration avant d’être rendue au culte le 15 mai 1994.

Marie-Madeleine, retrouvée après des siècles

Longtemps dissimulée, une peinture murale du XVe siècle représentant sainte Marie-Madeleine a été remise au jour lors des travaux et restaurée. Figure de conversion et de fidélité au Christ, la sainte occupait une place importante dans la dévotion populaire du Moyen Âge.

Un peu plus loin, nos guides nous montrent un beau lavabo gothique, autrefois destiné aux ablutions liturgiques, ainsi que des fonts baptismaux romans, vraisemblablement du XIIe siècle.

La visite prend un tour plus inattendu lorsque Mickaël Mallien évoque une tradition locale. Au Moyen Âge, les personnes atteintes de la lèpre pouvaient être contraintes de quitter leur communauté pour vivre à l’écart. Elles vivaient alors dans des grottes le long du ruisseau Saint-Martin. Une « messe d’adieu des lépreux » aurait marqué leur dernière apparition publique et symboliquement leur séparation de la communauté. Ils y recevaient leurs crécelles. Selon la tradition rapportée par nos guides, de telles célébrations auraient eu lieu à Ivoy, déjà un peu à l’écart des villages.

Levez les yeux !

C’est sans doute l’un des éléments qui attirera le regard des téléspectateurs lors de la messe du 18 octobre. En avançant dans le collatéral nord, il suffit de lever les yeux pour découvrir un étonnant plafond à caissons peints du XVIIe siècle : vingt-trois tableaux rectangulaires, répartis en huit rangées, représentent principalement des saints en buste, reconnaissables à leurs attributs. Certains sont entourés de guirlandes de laurier.

Mais ces peintures n’ont pas été placées au hasard. En prenant du recul, on découvre que plusieurs panneaux, regroupant notamment des apôtres et des docteurs de l’Église, dessinent une croix latine au centre du plafond. Les saints, représentés au-dessus des fidèles, évoquent ainsi la communion qui unit l’Église de la terre à celle du ciel.

Ce décor présente d’étonnantes ressemblances avec celui de Notre-Dame de Foy, près de Dinant : mêmes saints figurés en buste avec leurs attributs, mêmes guirlandes de laurier et même organisation autour d’une croix latine. À Foy-Notre-Dame, celle-ci rassemble des scènes de la vie du Christ et de la Vierge ; à Ivoy, elle réunit notamment apôtres et docteurs de l’Église.

« Une étude de la Commission royale des Monuments, Sites et Fouilles avance l’hypothèse que les peintures d’Ivoy pourraient être l’œuvre d’un artiste ayant suivi ou connu le travail de Michel et Jaspar Stilman, auteurs du célèbre plafond de Foy-Notre-Dame », explique Mickaël Mallien. Sans être certaine, cette filiation témoignerait des échanges artistiques entre les sanctuaires de notre région au XVIIe siècle.

Ces images avaient aussi une vocation pédagogique. À une époque où tous ne savaient pas lire, elles aidaient les fidèles à reconnaître les saints et à se familiariser avec les grandes figures de la foi. Quatre siècles plus tard, elles continuent d’inviter le visiteur – et bientôt le téléspectateur – à lever les yeux et à prendre le temps de regarder.

Rendez-vous le 18 avril

Ce patrimoine chargé de près de mille ans d’histoire servira donc de cadre, le dimanche 18 octobre à 11h, à la messe télévisée présidée par l’abbé Juan-Carlos Conde Cid.

Après une première retransmission depuis Ivoy en janvier, les caméras retrouveront ainsi pour la deuxième fois cette année la petite chapelle Saint-Martin. Une belle occasion de participer à la célébration, mais aussi, désormais, de reconnaître derrière les images quelques-uns des trésors et des histoires que ses murs abritent.

Christine Gosselin

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