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Auteur
Christine Gosselin Auteure
Date
7 juillet 2026
Catégories
Art
Luxembourg
Type
« Comme un vitrail traversé par la lumière » : la foi et la peinture selon Valérie Doat
À tout juste trente ans, la jeune artiste Valérie Doat vient de réaliser une œuvre monumentale installée au cœur de l’église restaurée de Stockem. Derrière cette toile lumineuse, inspirée du Cantique des trois enfants, se cache un chemin profondément intime où l’art, autrefois lié aux angoisses et à la quête de soi, est devenu peu à peu lieu de joie, de foi et de rayonnement.
Quand on rencontre Valérie Doat, on est d’abord frappé par sa douceur. Les mots viennent avec simplicité, presque avec pudeur, mais derrière cette réserve se dévoile peu à peu une jeune femme profondément traversée par la lumière qu’elle cherche désormais à peindre.
Dans le choeur de l’église restaurée de Stockem, son oeuvre trône désormais au-dessus de l’autel derrière le Christ en croix. Elle remplace l’oeuvre de Louis-Marie Londot ravagée dans l’incendie de l’église. Un défi immense pour cette jeune artiste autodidacte qui n’avait encore jamais travaillé sur un format pareil – une toile carrée de 2,5m. Mais en même temps un projet qui lui tenait particulièrement à coeur et qu’elle est profondément reconnaissante d’avoir pu entreprendre: «Quand j’ai vu l’appel à projet, je me suis dit: je veux peindre pour l’Église. Je voulais transmettre quelque chose de lumineux, la chaleur du Christ.»
Peindre pour rayonner la joie
Valérie peint depuis l’enfance. Très tôt, les couleurs forment pour elle un langage intérieur:
«J’ai commencé à peindre mes émotions. J’avais besoin de capturer des expériences ou des sentiments que je ne parvenais pas à comprendre rationnellement.»
Son univers artistique s’est d’abord construit dans des tonalités sombres et monochromes, dominées par le bleu. Une peinture presque thérapeutique, viscérale parfois. Après des études en animation 3D et effets spéciaux, puis un passage à l’Académie des Beaux-Arts d’Arlon où elle découvre le fusain, elle poursuit son chemin essentiellement en autodidacte. Ses œuvres exposées déjà à Arlon ou au Luxembourg évoluent progressivement:
«Avec la foi, mon rapport à la peinture s’est transformé. Avant, je peignais pour me comprendre. Aujourd’hui, ce n’est plus un besoin. C’est une joie. J’ai envie de faire rayonner quelque chose…dans une profusion de couleurs».
Une lumière inspirée des vitraux
Le déclic du projet de Stockem naît d’une rencontre avec un texte biblique: le Cantique des trois enfants, tiré du livre de Daniel.
Valérie raconte ce moment avec émotion: «J’ai découvert l’histoire des trois jeunes jetés dans la fournaise parce qu’ils refusent d’adorer la statue du roi. Dans le feu, ils chantent et bénissent Dieu. Et une quatrième figure apparaît avec eux. Ce texte m’a profondément touchée.»
Le chant invite toute la création – soleil, pluie, étoiles, montagnes – à bénir le Seigneur. Une louange cosmique qui nourrit peu à peu l’inspiration de l’artiste.
«Je me suis demandé: comment représenter la gloire de Dieu? Comment peindre la chaleur de son amour? Et j’ai pensé aux vitraux.»
Valerie Doat
Les vitraux deviennent alors la clé de son œuvre. «La lumière du soleil est invisible en elle-même. Mais quand elle traverse le verre coloré, elle devient visible. C’est un peu comme l’amour de Dieu: on ne le voit pas directement, mais il devient visible lorsqu’il traverse nos vies.»
Une aventure humaine autant qu’artistique
Réaliser une œuvre de cette taille fut pourtant un véritable parcours du combattant. Sans atelier, Valérie étale sa toile sur le sol. «Je me demandais constamment comment j’allais faire. Peindre au mur? Par terre? Comment déplacer la toile? Comment éviter de marcher sur certaines parties?»
Pendant un mois, elle travaille dans une pièce non chauffée, puis poursuit l’œuvre durant une semaine directement dans l’église de Stockem: «Je faisais comme dans ma foi: un premier pas, puis un deuxième. Sans toujours savoir comment cela allait tenir.»
Les défis techniques s’accumulent: tendre la toile sur son immense cadre, transporter l’ensemble sans fissurer l’enduit, percer l’œuvre pour laisser passer le Christ en bronze et les éclairages LED…
Mais Valérie insiste surtout sur les soutiens reçus. «Cette œuvre n’est pas seulement la mienne. Elle a été rendue possible grâce au soutien de Daniel Cloos, président de la fabrique, toujours prêt à trouver des solutions et de mes proches dans sa réalisation, son transport et son installation.»
« Le Seigneur est mon refuge »
Au fil de la conversation, la foi revient souvent, simplement, sans discours forcé. Comme une évidence retrouvée. «Quand j’étais enfant, Jésus était mon meilleur ami. Puis tout cela s’est perdu… et je l’ai retrouvé plus tard.» Aujourd’hui, Valérie participe à des retraites et rassemblements de jeunes, à Tibériade, à Orval, avec l’Emmanuel ou au Camp Laudato Si’. Elle fait aussi partie du groupe des jeunes d’Arlon. «Je suis ancrée autrement. Le Seigneur est mon refuge», sourit-elle.
Et cela change aussi sa manière de créer. Lorsqu’elle peint, elle écoute souvent des chants de louange. Elle cherche à retrouver cette émotion particulière ressentie dans la nature, face à une forêt lumineuse ou un ciel traversé de soleil.
Aujourd’hui, l’immense toile rayonne dans le chœur de l’église de Stockem. Une œuvre abstraite, lumineuse, vibrante, qui invite moins à comprendre qu’à ressentir. Valérie espère simplement que ceux qui la contemplent pourront s’y laisser toucher. «La lumière du Christ nous traverse, même dans nos fournaises personnelles. Elle révèle en nous des couleurs que nous ne soupçonnons pas. Comme les vitraux, nous ne brillons que lorsque nous nous laissons traverser par la lumière.»
// Christine Gosselin