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Auteur

 Diocèse de Namur

Diocèse de Namur Rédacteur

Date

29 mars 2024

Catégories

Cathédrale
Liturgie

Type

À la une
Actualités pastorales

Homélie de la messe chrismale 2024

Dans son homélie prononcée le 27 mars dernier lors de la messe chrismale Mgr Pierre Warin a axé ses propos sur la prière. Il répondait ainsi aux propos du pape François qui, en perspective de l’Année sainte 2025 souhaite qu’elle soit préparée par une année de la prière. Bonne lecture.

Un jour, lit-on au début du chapitre 11 de l’évangile de Luc, alors que Jésus qui s’était retiré pour prier revenait vers ses disciples, ceux-ci lui demandèrent : « Seigneur, apprends-nous à prier comme Jean (le Baptiste) l’a appris à ses disciples. » Jésus leur a répondu : ‘Quand vous priez dites : « Père, que ton Nom soit sanctifié, que ton Règne vienne…’ » Si nous voulons bien prier, il nous faut prier comme Jésus nous l’a enseigné. Et Jésus nous a enseigné à prier le Notre-Père. Je voudrais parler ici de la prière en prenant appui sur le Notre-Père.

Première chose sur laquelle j’attire l’attention : Jésus nous a enseigné à prier. La prière a toute son importance. Jésus prenait le temps de la prière. Sans l’accueil de Dieu qu’est la prière, comment pourrions-nous être porteurs de Dieu ?

Les fleurs ont leur langage. Le perce-neige chante la fin des rigueurs de l’hiver. La primevère annonce la primavera, nom italien du printemps. Il est une autre fleur dont le nom est significatif : l’anémone. Une anémone, c’est une fleur très sensible au vent, qui se dit ἄνεμος en grec. De la prière, on peut dire qu’elle est anémone. La prière est anémone, parce que prier, c’est s’exposer au grand vent de Dieu, à son Esprit qui rafraîchit, vivifie et régénère.

La prière est anémone. Elle est le contraire de l’anémone, de l’appauvrissement, de l’étiolement, de la dispersion. La prière est anémone, petite fleur qui fait chanter la vie et lui donne couleur de Dieu.

Facilement, nous vivons dans la dispersion au point d’en perdre un peu, beaucoup, la vie intérieure. Facilement nous nous inquiétons et nous nous agitons pour bien des choses. Mais cela ne nuit – il pas lorsque l’urgent prend le pas sur l’important. Nous courons beaucoup. Mais ne devons-nous pas réapprendre à marcher ? Et même à nous asseoir ? N’y-a-t-il pas un devoir de s’asseoir ? Aussi de s’asseoir auprès du Seigneur.

Deuxième chose que je voudrais dire sur la prière à partir du Notre-Père : il faut prier confiant.

Quand vous priez, dit Jésus en introduisant le Notre-Père dans l’évangile de Matthieu, ne rabâchez pas. Le terme grec, littéralement dire battalogein. Batta est sans doute une formule magique destinée à faire fléchir la divinité. Quand vous priez, ne dites pas batta mais abba : papa, père, bien-aimé. Quand vous priez, ne cherchez pas à arraisonner Dieu, au contraire abandonnez-vous à lui avec une confiance d’enfant. Ce qui offense le plus Dieu, parce que ça l’empêche d’être ce qu’il est au plus profond de lui-même, à savoir père bien-aimé, c’est notre manque de confiance.

C’est même avec une confiance jusqu’à l’audace que Jésus nous invite à prier. Car il nous convie à oser dire au Dieu tout-puissant, Seigneur du ciel et de la terre, « papa ». Il ne faudrait pas que l’habitude nous fasse perdre de vue que c’est à une terrible audace, à une hardiesse inouïe que Jésus nous convie en nous proposant le Notre-Père. En Orient, la liturgie dite de St Jean Chrysostome, encore en usage aujourd’hui dans les Eglises orthodoxes grecque et russe, fait dire au prêtre avant le Notre-Père : « Daigne-nous accorder, Seigneur, d’oser avec joie et sans témérité, t’invoquer comme Père, toi le Dieu du ciel, et dire : « Notre Père… » En Occident, la messe romaine propose une invitation semblable : « Nous osons dire. »

Troisième enseignement que recèle une méditation du Notre-Père. Le Notre-Père est une prière au pluriel d’un bout à l’autre. Dites, nous a enseigné Jésus, « Notre Père » et non « Mon Père ». Dites : « Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour », et non : « Donne-moi aujourd’hui mon pain de ce jour. » La prière chrétienne inclut les autres. L’amour du frère est le thermomètre de la vie chrétienne, mais aussi de la prière chrétienne.

Les moines et moniales intercèdent pour nous. Ils se lèvent plus tôt que nous. Leur prière devance notre journée. Sur la montagne, ils prient pour leurs frères qui œuvrent dans la plaine.

La prière du pasteur (du prêtre, de l’évêque) inclut particulièrement les joies et les croix de ses frères et sœurs. Elle est animée par la charité pastorale.

Je note encore que, quand nous prions la liturgie des Heures, notre prière inclut clairement nos frères. Quand nous sommes tristes et découragés, le psaume de louange nous rappelle que nous devons parler au nom des millions d’autres hommes qui, justement aujourd’hui, sont joyeux et heureux. Et inversement : une lamentation ou un psaume de supplication, prié par un jour de grand soleil, nous rend conscients des détresses et des souffrances ailleurs dans le monde.

Quatrième enseignement sur la prière inspirée par le Notre-Père. Le Notre-Père qui n’est pas n’importe quelle prière, mais la prière que Jésus nous a enseignée est faite exclusivement de demandes.

Il faut demander à Dieu. Mais avant tout les grandes choses : la sanctification du Nom, la venue du Règne, l’accomplissement de la volonté de Dieu sur la terre comme au ciel. Je pourrais montrer, mais ce n’est guère le lieu ici, que les demandes de la première partie concernent toutes la venue du Règne, et que, celles de la deuxième partie tout autant. Simple différence entre les premières, au subjonctif, et les secondes, à l’impératif : à travers ces dernières, on prie le Père de manière plus pressante concernant le Royaume.

Les demandes du Notre-Père tournent toutes autour de la venue du Règne de Dieu, foyer de la prédication et de l’activité de Jésus. Tertullien a pu dire du Notre-Père qu’il est un résumé de l’Evangile. Le Notre-Père est un résumé de tout l’Evangile. C’est la prière chrétienne. Dans la célébration d’un baptême, c’est la prière qu’on dit, une fois l’enfant baptisé.

Il faut demander à Dieu mais comme nous l’a enseigné Jésus en nous donnant le Notre-Père, les grandes choses : la pleine manifestation du salut de Dieu, la délivrance de tous les souffrants, de ceux qui souffrent dans leur chair, leur esprit et leur âme.

Cela ne veut pas dire que nous ne pouvons pas exposer à Dieu nos petites nécessités personnelles. Seulement celles-ci ne doivent pas déterminer notre prière. Car c’est notre Père que nous prions. Il sait bien, il sait, avant même qu’ils le lui demandent, ce dont ses enfants ont besoin.

Cinquième enseignement : Jésus a donné à ses disciples une prière toute faite. Ne méprisons pas les prières toutes faites, qui sont des prières précieuses quand nous sommes arides. Ne méprisons  pas les prières toutes faites qui sont des prières de pauvres, des prières comme Dieu aime. Je suis profondément convaincu que le Seigneur fait plus avec nos pauvretés offertes qu’avec tout le reste, et que la prière du pauvre opère des merveilles.  Ben Sira ne dit-il pas : « La prière du pauvre traverse les nuées » (Si 35,21) et le psalmiste : « Un pauvre a crié, Dieu écoute » (Ps 33,7) ?

Un jour, dans le fin fond de l’Espagne, le grand rabbin voulut savoir qui, durant l’année écoulée, avait formulé la prière la plus pure, la prière la plus belle. Il interrogea son conseiller, qui fit des recherches et découvrit que c’était un petit colporteur, un jeune vendeur de porte en porte. Le grand rabbin fit venir le jeune colporteur, tout étonné qu’on vint le chercher, car, ainsi poursuit-il, il ne savait pas prier.

– Quelle est cette prière que tu as fait monter vers Dieu ? lui demanda le grand rabbin.

– Je m’en souviens. Un soir, balbutia le petit colporteur, j’ai dit au Seigneur : « Seigneur, je ne sais pas prier, mais je connais mon alphabet. Je vais le réciter dans mon cœur. Tu prendras les lettres et tu en feras toi-même la prière que tu aimes.

+ Pierre Warin

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