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Auteur

Christine Gosselin Auteure

Date

15 octobre 2026

Catégories

Namur
Pastorale des Solidarités
Patrimoine

Type

Actualités diocésaines
Témoignages

À Namur : Inauguration de la fresque hommage à l’abbé Joseph André

Sur la petite place bordée par l’église Saint-Joseph et l’Îlon Saint-Jacques, à proximité du passage qui porte son nom, une fresque rend désormais hommage à l’abbé Joseph André. Inaugurée ce mercredi 14 octobre en présence des familles des enfants cachés, de témoins – de nombreux membres de la famille de l’abbé André, de la famille Arnould et Collet, aidants de l’ abbé –  des autorités civiles et religieuses, elle raconte le courage d’un homme et de tout un réseau qui refusèrent de détourner le regard. Mais elle porte surtout un message adressé à ceux qui passent devant elle aujourd’hui : chacun peut, à sa mesure, contribuer à rendre le monde plus humain, plus beau.

Quelques notes d’accordéon résonnent sur la place. André Reinitz ouvre ainsi une cérémonie chargée d’émotion, près de quatre ans après les premiers pas d’un projet porté avec détermination par Freddy Avni, Bernard et sa fille Florence Gliksberg (ci-contre lors de la présentation du projet à Mgr Warin, il y a trois ans).

C’est cette dernière qui assure le fil conducteur de l’après-midi. Son grand-père, Théo Gliksberg, fut l’un des enfants cachés. Plus âgé que les autres, il resta longtemps aux côtés de l’abbé Joseph André et l’aida notamment à conduire d’autres enfants vers des familles et des institutions où ils pourraient être cachés.

Aujourd’hui, sa petite-fille rappelle ce que le courage, l’humanité et l’action de l’abbé André ont rendu possible : derrière les enfants sauvés, ce sont désormais des familles entières, des milliers de descendants, qui lui doivent la vie. En témoignent les photos de ces familles déposées au pieds de la fresque réalisée par Amandine Lesay, du collectif Propaganza, pour porter dans le temps cette reconnaissance.

Ne pas détourner le regard

Les couleurs, les personnages et le mouvement qui animent l’œuvre contrastent avec la noirceur de l’histoire qu’elle raconte : la persécution des Juifs, des familles séparées et des femmes et des hommes qui acceptent de risquer leur propre sécurité pour en sauver d’autres.

Dans son intervention, Mme Charlotte Bazelaire, bourgmestre faisant fonction, rappelle « qu’il fallait alors plus que du courage, mais une foi inébranlable dans l’humanité. Certains auraient pu détourner le regard. L’abbé André et ceux qui l’entouraient ne l’ont pas fait. »

Mgr Fabien Lejeusne s’inscrit dans cette même perspective. L’évêque de Namur rappelle que l’abbé André n’a pas agi seul. Autour de lui, tout un réseau de « complices », au plus beau sens du terme, a accepté d’aider, de cacher, de protéger. Des hommes et des femmes qui, par leurs actes, ont défendu la place de l’être humain dans la Création. Installée sur le mur d’une école, la fresque, hommage,  prend encore une dimension symbolique supplémentaire. L’école est précisément le lieu où l’on apprend, où l’on transmet, et où à travers – par –  le dialogue, la violence, la haine peuvent être déjouées. « Dans tous ces enfants sauvés et cachés, c’est notre humanité qui a été sauvée et cachée, conclut Mgr Lejeusne. Faire mémoire, ne consiste pas seulement à regarder le passé. Cette fresque interpelle chacun : qu’aurions-nous fait ? Et surtout, que faisons-nous aujourd’hui ? Chacun reste responsable du bien qu’il peut accomplir. »

« Tu aimeras ton prochain comme toi-même »

Les témoignages de Pierre Pinchas Perelmuter et de Jacky Offen  donnent à ces paroles un visage très concret. Jacky Offen se souvient des premiers mots que le prêtre lui adresse : « Tu es juif, je suis catholique, mais avant tout prions ensemble, toi dans ta religion et moi dans la mienne, chacun dans la religion dans laquelle nous sommes nés. »

Caché dans une école puis dans une maison de repos, Pierre rencontre à son tour tous ceux qui constituent ce réseau de solidarité. Il se souvient encore des moufles tricotées pour lui pendant un hiver particulièrement rude et de petits chocolats reçus clandestinement, dont aucune saveur, depuis, n’a jamais égalé la douceur.

Aujourd’hui, quelques chiffres suffisent à mesurer ce qu’a permis le sauvetage d’un seul enfant. Jacky s’est marié avec une autre enfant cachée. Ils ont eu quatre enfants, puis 21 petits-enfants et 31 arrière-petits-enfants. Pierre en a plus de 40…Une vie sauvée en a fait éclore tant d’autres.

Leurs témoignages résonnent comme une invitation à vivre le commandement qui animait ceux qui prirent alors tous ces risques : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même. »

Une mémoire qui continue à parler

« L’abbé André ne recherchait ni les honneurs ni les distinctions », rappelle la Baronne Regina Sluszny, présidente du Forum der Joodse Organisaties de l’Enfant caché.  Lorsqu’il fut invité en 1967 à recevoir en Israël le titre de Juste parmi les Nations, il hésita. Et il fallut l’entremise d’un ami juif pour qu’il accepte cette distinction, au nom du rapprochement entre Juifs et chrétiens. Il retrouvera en Israël plusieurs des enfants cachés et y retournera ensuite régulièrement.

Les souvenirs transmis disent aussi la simplicité radicale de cet homme : à chaque difficulté, il cherchait une solution. Il lui arriva de dormir sur une chaise dans son bureau après avoir donné lits et matelas aux enfants qu’il protégeait.

Une première plaque commémorative lui avait déjà été consacrée, place de l’Ange en 1979. Aujourd’hui, la fresque offre un nouveau visage à cette mémoire. Installée à cette pied un panneau permettra d’en apprendre davantage sur la vie de l’abbé André. Deux QR codes donneront également accès à des témoignages d’enfants cachés et à un film d’André Bossuroy qui lui est consacré. L’œuvre s’inscrit par ailleurs dans un projet pédagogique UNHATE avec des classes de l’IATA prolongeant ainsi sa vocation de transmission.

Au cours de la cérémonie, les familles des enfants cachés présentes se sont unies pour chanter, accompagnées à l’accordéon par André Reinitz, « Prendre un enfant par la main ». Difficile d’imaginer chant plus évocateur pour rendre hommage à celui qui en prit tant sous sa protection.

Freddy Avni a ensuite laissé les derniers mots à un poème polonais :

« Ne pleure pas, ne pleure pas mon enfant, si le jour est triste, sache qu’au-dessus des nuages le ciel est bleu. »

Face à ceux qui abîment notre humanité, la fresque témoigne qu’il reste toujours possible de choisir de protéger, d’accueillir, de dialoguer et d’aimer.

Christine Gosselin

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