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Auteur

Christine Gosselin Auteure

Date

1 mai 2023

Catégories

Patrimoine
Tourisme

Type

Actualités pastorales

La collégiale et la chapelle Saint-Monon de Nassogne


À la bordure de la Famenne, vers les bois ardennais de Saint‑Hubert, le village de Nassogne doit son nom à une petite fontaine « Nassonia » dont l’histoire est inextricablement liée à celle de Monon, un moine qui y vécut autour de l’an 600. Le dimanche qui suit l’Ascension tout le village se remémore la vie du saint lors de la procession dite des « Remuages ». Michel Mouton, président la fabrique d’église de Nassogne nous guide sur les pas de saint Monon.

Située en haut de la route de Coumont, la chapelle de Saint-Monon est érigée au lieu où, dit-on, saint Monon avait son oratoire. C’est un édifice en grès et pierre bleue reconstruit en 1843, suite à un incendie et à nouveau restauré en 44-45. En ouvrant la porte, un grand saint Monon en bois de tilleul accueille le pèlerin depuis l’autel. Il tient dans la main droite un livre et dans la gauche une palme qui symbolisent qu’« il a enseigné l’évangile jusqu’à remporter la palme du martyre ». La statue est datée de 1660.

« C’est celui qui aurait déterré la clochette avec laquelle saint Monon appelait ses fidèles. Ce qui lui vaut d’être souvent associé à l’animal dans l’iconographie et la statuaire, explique Monsieur Mouton. Cette pierre se trouvait au ras du sol dans le chœur de la chapelle, avant d’être déposée sur un socle ».

Mais qui est donc ce saint patron du village ?


D’après les biographies, il serait né en Ecosse vers l’an 600 dans une famille chrétienne aisée. Tout jeune, Monon décide de se consacrer à la vie monastique. La légende raconte qu’après une soirée de prière, un ange lui apparut et lui fit savoir que Dieu lui ordonnait de se rendre dans les forêts d’Ardenne en un endroit nommé Fridier, près de la fontaine Nassonia. Ce message, répété trois nuits de suite, décide Monon à se rendre à l’endroit indiqué par l’ange. Avec l’aide des habitants du lieu, il y construisit un petit ermitage et un oratoire. Toujours selon la légende, un miracle l’aida dans son entreprise.


Dans ce lieu qui n’avait jamais été habité auparavant, son porc déterre, devant lui, une clochette en fer. Monon y voit un signe et s’en servira pour appeler les fidèles qui affluent de plus en plus nombreux. Les cultes païens avoisinants vécurent mal cette concurrence et l’histoire raconte que les habitants du village voisin de Forrière auraient assassiné Monon parce qu’il avait renversé leurs pierres celtiques. D’autres sources affirment qu’il aurait été tué par des brigands entre 630 et 645…
Déposée dans ce qui fut son oratoire, la dépouille du saint devient immédiatement objet de vénération. Miracles et conversions s’y succédèrent. Pépin le Bref (714-768), l’un des premiers pèlerins de marque à se rendre au tombeau de saint Monon, fut lui-même témoin de miracles et contribua activement à développer le culte du saint qui, au fil du temps, attira de plus en plus de pèlerins. Devant cet affut, l’église du village, située à 500 m de la chapelle, devient collégiale – ce qui est rare pour un simple village rural. Une translation des reliques de saint Monon vers la collégiale fut opérée. Elle les abrite aujourd’hui encore dans une châsse que l’on découvre à droite du maître-autel, suspendue au mur de la nef latérale. Sculptée dans un bois de chêne et de tilleul, dorée et polychrome, la châsse revêt la forme d’un sarcophage sur quatre pattes, ornée de guirlandes en relief. Elle est surmontée d’un gisant du saint qui y apparait couché, la tête appuyée sur sa main droite. Sur le mur qui la supporte, une fresque murale évoque des scènes de la vie du saint. Elle est réalisée par le peintre Michel Galland en 1948. Au pied de la châsse une statue du saint en marbre blanc, sculptée par les moines de l’abbaye Saint-Joseph de Clairval en France en 2013, témoigne de la vivacité du culte rendu à saint Monon de nos jours encore.


Chaque année la châsse est descendue du mur de la collégiale pour être portée en procession solennelle vers la chapelle, lors de la festivité dite les « Remuages » qui se déroule, depuis le 17e siècle, le dimanche suivant l’Ascension. « Déjà enfant de cœur, je participais à la procession, se souvient Michel Mouton. Plus tard, j’ai fait partie des quatre porteurs de la châsse. Je l’ai portée pendant plus de vingt ans ! Après la grand-messe du dimanche à la collégiale, avec la fanfare et au son des cornemuses – traduisant l’origine écossaise de Monon – nous montions à travers les rues du village dont celle qui porte son nom, jusqu’à la chapelle. Devant son cénotaphe, nous chantions le chant de saint Monon, avant de ramener la châsse à la collégiale ».
Tous les agriculteurs, cultivateurs, éleveurs de la région viennent se confier à saint Monon, patron des agriculteurs, des animaux de la ferme et des récoltes en Ardenne.

Dans une démarche de foi, ils frottent sur la châsse contenant les reliques du saint, de jeunes branches qui reverdissent au printemps pour les ramener chez eux en guise de protection pour leurs animaux ou leurs récoltes.
A l’heure actuelle, comme l’écrit J.Naedts dans son livre sur Saint Monon (Ed. Fdélité, 2015), « saint Monon peut encore être invoqué comme protecteur et promoteur du développement durable de nos régions et pour la sauvegarde de nos écosystèmes menacés ». Alors rendez-vous à Nassogne sur les pas de saint Monon, le 21 mai prochain ?


Christine Gosselin

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