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Auteur

Christine Gosselin Auteure

Date

7 janvier 2026

Catégories

Evêché
Evêque
Patrimoine

Type

Actualités diocésaines

Rencontre avec Cédric Pauwels, le créateur des armoiries de Mgr Fabien Lejeusne

À l’occasion de l’ordination de Mgr Fabien Lejeusne et de la création de ses nouvelles armoiries épiscopales, nous avons rencontré celui qui en est l’auteur: Cédric Pauwels, héraldiste belge, passionné depuis près de quarante ans par cet art aussi ancien que vivant. Derrière son sourire discret et sa précision de juriste, il porte en lui une science patiemment cultivée, un regard aiguisé sur la symbolique chrétienne… et une joie simple lorsqu’il évoque « les histoires que raconte un blason ».

Comment définir l’héraldique ?

Cédric Pauwels répond sans hésiter, presque d’une seule respiration : « C’est une science et un art du blason. Essentiellement, un nom sous une forme imagée. » Un langage visuel né au Moyen Âge pour reconnaître d’un coup d’œil, sur les champs de bataille ou lors des tournois, les amis des ennemis. Rapidement, ce langage s’est étendu aux familles, aux États, aux institutions… et dès le XIIIᵉ siècle, au clergé. Monsieur Pauwels explique :

Cédric Pauwels, héraldiste belge

« Dans l’héraldique ecclésiastique, on retrouve l’écu – le blason – mais avec ses propres ornements extérieurs : le galero (grand chapeau à larges bords et trente houppes rouges) est réservé aux cardinaux ; les évêques portent un chapeau vert à six houppes de chaque côté, symbole de la mission apostolique ; parfois on trouvait aussi une mitre ou une crosse – du moins jusqu’en 1969, quand une instruction du Saint-Siège a souhaité simplifier les usages. »

Tous ces éléments restent très codifiés, de même que les couleurs, et reconnaissables même en noir et blanc grâce à un système de
hachures, fixé dès le XVIIᵉ siècle, (verticale = rouge ; diagonale =verte, petits points = jaune).

Une passion née à quatorze ans

À écouter Cédric Pauwels raconter ses débuts, on imagine sans peine un adolescent penché sur ses premiers croquis. « J’avais 14 ans quand mon père m’a donné un tiré-à-part de l’Encyclopédie Diderot sur les blasons. J’ai plongé dedans… et je n’en suis jamais ressorti. »

 « J’avais 14 ans quand mon père m’a donné un tiré-à-part de l’Encyclopédie Diderot sur les blasons. J’ai plongé dedans… et je n’en suis jamais ressorti.»

Cédric Pauwels

Auto-didacte, il complète son apprentissage par les grands auteurs, notamment un ouvrage devenu incontournable : Coutumes et droit héraldique de l’Église de Mgr Bruno Bernard Heim.

Puis viennent les engagements successifs comme administrateur de l’Office généalogique et héraldique de Belgique, membre du Conseil d’héraldique et de vexillologie (du latin vexillum, drapeau des légions romaines), membre associé de l’Académie internationale d’héraldique, et aujourd’hui membre du Conseil de Noblesse du Royaume de Belgique, où il crée les armoiries des nouveaux nobles. Son travail l’a conduit à réaliser l’armorial de la famille royale en 2023 et à accompagner de nombreuses communautés religieuses et figures ecclésiales notamment ces dernières années : Mgr Terlinden, les pères abbés de Maredsous et de Leffe et aujourd’hui Mgr Fabien Lejeusne. « Je suis catholique depuis toujours et passionné par l’histoire de l’Église. Alors travailler pour elle était presque naturel » assure-t-il.

Un art qui demande écoute, finesse et… créativité

Créer un blason n’a rien d’un exercice administratif. C’est un dialogue. « Mon rôle n’est pas de décider mais d’écouter. On apprend à connaître la personne, à comprendre ce qui, spirituellement, est le plus important pour elle. Et on l’aide à hiérarchiser, schématiser, simplifier. » Car un blason doit rester lisible, même réduit à quelques centimètres. « Il ne doit pas comporter trop d’éléments ni de couleurs. Deux ou trois maximum. Moins il y a de couleurs, mieux c’est, rappelle-t-il. Jamais jaune et blanc ensemble (sauf drapeau du Vatican) et jamais les autres couleurs ensemble : « c’est la règle de contrariété des émaux (ndlr couleurs) ».

« J’ai toujours un petit carnet avec moi. Une idée peut surgir n’importe où. Je griffonne une esquisse, un premier croquis. Puis plusieurs projets. On avance ensemble, jusqu’à trouver le bon. »

cédric pauwels

Son travail passe encore par la main et le dessin : « J’ai toujours un petit carnet avec moi. Une idée peut surgir n’importe où. Je griffonne une esquisse, un premier croquis. Puis plusieurs projets. On avance ensemble, jusqu’à trouver le bon. »

Le processus est patient, parfois intimiste, et c’est ce qui le touche : « Avant de servir l’Église, j’ai travaillé douze ans dans le notariat. On n’arrive à rien sans consensus. Et j’aime ce moment où un symbole s’ajuste parfaitement à une histoire personnelle. »

Les armoiries, notamment via le sceau authentifient des documents officiels. « Presque toutes les autorités du Royaume ont leurs armoiries, rappelle-t-il. Les communes aussi, les abbayes, les familles… Et pour les particuliers, c’est souvent l’occasion de raconter une
histoire familiale. 
»

Il en va de même pour un évêque : un blason résume une mission, une spiritualité, un style pastoral.

Des hérauts d’hier à l’héraldiste d’aujourd’hui

Pour comprendre son activité, Cédric Pauwels aime rappeler l’origine du mot « héraut ». Ces officiers des tournois annonçaient les chevaliers en reconnaissant leurs armoiries. Ils portaient un tabard – une sorte de surcot orné des armoiries du Souverain. Anecdote intéressante : « Le tabard du héraut du comté de Namurexiste encore. Il a été sauvé pendant la Révolution française et se trouve aujourd’hui… dans le Trésor de l’ordre de la Toison d’or, à la Schatzkammer de Vienne.

Ces hérauts jouaient un rôle central. « Il en existe encore aujourd’hui, notamment en Angleterre, pour les grandes cérémonies d’État, mais il y en a également encore un en Flandre. » explique-t-il. La tradition n’a donc pas disparu. Elle s’est transformée. Et l’héraldiste contemporain reste, d’une certaine manière, un passeur: celui qui transmet, conserve, crée, interprète.

Le blason de Mgr Lejeusne : une rencontre, une écoute, une création

Blason Mgr Lejeusne

Avant même les armoiries personnelles de l’évêque, celles du diocèse de Namur portent leur propre message. Elles se composent d’une croix rouge à double traverse, rappel de la présence d’une relique de la Vraie Croix à la cathédrale Saint-Aubain sur un fond d’or, cou
leur de lumière, de fête, de réalité divine.

« Il fallait conjuguer sa spiritualité augustinienne, son histoire personnelle, sa formation, son expérience pastorale. Nous avons eu de très beaux échanges au cours desquels ont émergé l’importance de l’unité, du lien entre l’intellectuel et le manuel. Et la volonté que tout ait du sens. »

Cédric pauwels

C’est dans ce cadre symbolique solide que viennent s’inscrire les armoiries personnelles de Mgr Lejeusne avec qui Cédric Pauwels confie avoir réalisé un travail particulièrement riche : « Il fallait conjuguer sa spiritualité augustinienne, son histoire personnelle, sa formation, son expérience pastorale. Nous avons eu de très beaux échanges au cours desquels ont émergé l’importance de l’unité, du lien entre l’intellectuel et le manuel. Et la volonté que tout ait du sens. » L’enjeu était de traduire tout cela avec justesse, sobriété et force. » Mgr Lejeusne s’inscrit dans la tradition complète avec ce qu’on appelle les « grandes armes » c’est-à-dire avec le chapeau et la croix de procession (croix potencée du scoutisme).

La réalisation finale, en couleur et en noir et blanc, vient clore un processus à la fois technique et spirituel. Codification et créativité se conjuguent, tradition et expression personnelle s’entrelacent.

Et Monsieur Pauwels de conclure : « L’héraldique raconte l’essentiel. En quelques symboles. Quelques couleurs. Un geste graphique et tout un monde apparaît. Quand quelqu’un reconnaît son histoire dans un symbole, c’est magnifique ». Sans doute est-ce la raison pour laquelle sa passion, née il y a près de quarante ans, ne s’est jamais essoufflée.

CG

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