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Auteur

Christine Gosselin Auteure

Date

14 mai 2026

Catégories

Tourisme

Type

Actualités diocésaines

Tours & Détours – Saint-Firmin de Rochehaut, entre ciel, peinture et vallée

Dominant l’une des plus belles boucles de la Semois, l’église Saint-Firmin de Rochehaut surprend autant par la sobriété de son architecture ardennaise que par les trésors qu’elle abrite. Héritière d’une longue histoire et classée au patrimoine wallon, elle conserve notamment les étonnants plafonds peints du maître ardennais Paul Hilt ainsi que la mémoire de figures marquantes comme celle de l’abbé Marenne. Dans ce village suspendu entre ciel, forêt et vallée, patrimoine et spiritualité semblent dialoguer naturellement avec la beauté du paysage.

À Rochehaut, le regard est naturellement attiré vers la lumière de la vallée. Depuis le célèbre point de vue dominant Frahan et les méandres de la Semois, l’Ardenne se déploie dans toute sa profondeur. En été, promeneurs, familles et vacanciers viennent admirer ce paysage devenu emblématique de la province de Luxembourg. Mais quelques pas suffisent pour découvrir un autre visage du village : celui de son église qui se dresse fièrement, entourée de l’ancien cimetière, au cœur des maisons de pierre, solidement campée sur son promontoire de schiste. L’église est dédiée à saint Firmin, évêque missionnaire et martyr du IIIe siècle, en 1769 même si une première chapelle existait déjà sur le site dès 1139.

Classé au patrimoine wallon depuis 1974, l’édifice appartient pleinement à cette architecture religieuse ardennaise sobre et robuste qui épouse le paysage : murs de schiste peints en blanc, toiture d’ardoises, imposante tour carrée de trois étages, seul vestige d’une église plus ancienne. L’escalier en chêne qui mène au jubé date du tout début du 17e tandis que le millésime « 1747 » gravé dans la clé au-dessus de la porte, indique la date de reconstruction de la nef et du chœur de l’église actuelle.

Le ciel peint de Paul Hilt

Dès la porte franchie, le regard est immédiatement attiré vers la voûte peinte qui recouvre la nef. On y découvre des personnages bibliques, des anges, des scènes évoquant l’histoire du salut et des figures humaines stylisées semblant représenter les apôtres, les disciples ou encore l’humanité entière en marche vers la lumière. Parmi elles, un grand cerf portant une croix lumineuse entre ses bois rappelle la vision de saint Hubert, très présente dans l’imaginaire ardennais.

Ces peintures sont l’œuvre de Paul Hilt, artiste ardennais né à Bertrix en 1918 qui consacra une grande partie de son œuvre à l’art religieux dans les églises de la province de Luxembourg. À Rochehaut, il entreprend de peindre la voûte à partir de 1959. Son projet, audacieux pour l’époque, provoque débats et résistances avant d’être finalement soutenu et financé par l’abbé Marenne. « Il fallait une certaine audace pour accepter cela dans une petite paroisse ardennaise », sourit l’abbé Frédéric Ngimbi.

Et pourtant, aujourd’hui, ces peintures font partie intégrante de l’identité de Saint-Firmin. Elles donnent au lieu une chaleur et un souffle particulier. Rien d’écrasant ou de spectaculaire. Elles semblent presque prolonger les nuances du ciel et de la vallée visibles à l’extérieur. « Hilt cherchait moins à décorer qu’à créer un mouvement vers la lumière », explique l’abbé Abbé Frédéric et M. Jean Monfort nos guides Frédéric Ngimbi en suivant du regard les lignes qui traversent la voûte.

L’abbé Marenne et Charles Bridoux, figures du village

Impossible d’évoquer l’église de Rochehaut sans parler de l’abbé Marenne. Curé de la paroisse pendant plus de soixante ans, de 1909 à 1974, il reste une figure emblématique profondément attachée à la mémoire locale. Jean Monfort, président de la fabrique d’église qui fut son enfant de choeur ne se lasse pas de l’évoquer. Excentrique et visionnaire, attaché au patrimoine autant qu’à la vie spirituelle du village, il a profondément marqué Rochehaut.

Monsieur Monfort évoque encore l’histoire des cloches de Rochehaut volées durant la guerre par les allemands et sauvées par une autre figure importante du village, monsieur Charles Bridoux (1901-1983). Ancien commandant des pompiers et résistant de première heure, il participa au sauvetage des 70 cloches des églises de l’Ardenne luxembourgeoise dérobées. Grâce à son initiative et à son audace, les cloches de son village natal furent probablement les premières à retrouver leur église.

Une église au cœur de l’été ardennais

À l’intérieur de Saint-Firmin, d’autres trésors racontent encore l’histoire du lieu : la cuve baptismale romane datée de 1139, les boiseries anciennes du chœur, des stalles, des confessionnaux ou de la chaire de vérité ; les pierres tombales des anciens seigneurs et curés de Rochehaut aujourd’hui intégrées dans la tour ou encore les petits vitraux teintés qui tamisent doucement la lumière. L’autel latéral droit abrite une statue en bois polychrome de Saint Firmin datée de 1600 tandis qu’une vierge à l’enfant avec sceptre de la même époque trône sur l’autel de gauche. Ils sont entourés d’autres statues en bois anciennes : sainte Anne et saint Jean l’évangéliste (17e ); statues d’anges gardiens, saint Antoine de Padoue ; saint Gérard de Brogne, saint Nicolas de Myre ; saint Urbain, pape (18e ).

Mais ce qui touche surtout ici, c’est peut-être l’équilibre entre simplicité et beauté. « Cette église reste profondément liée à la vie du village », souligne l’abbé Ngimbi. « Même dans un lieu très touristique, elle demeure un espace de silence, de prière et de présence. Peut-être parce que cette petite église ardennaise porte quelque chose de rare : un dialogue harmonieux entre paysage, patrimoine, art et intériorité. Comme si, au sommet de la vallée de la Semois, Rochehaut rappelait discrètement que la beauté peut aussi devenir chemin de contemplation.

Marie Howet et le « petit Vatican»

Cette présence de l’art à Rochehaut ne s’arrête d’ailleurs pas à l’église. Juste à côté du presbytère se trouve l’ancienne maison de la peintre Marie Howet. Née à Libramont en 1897, cette grande figure de la peinture expressionniste belge installa son premier atelier à Rochehaut après la Première Guerre mondiale. C’est ici qu’elle peignit notamment Devant la maison à Rochehaut, œuvre qui lui valut en 1922, à seulement vingt-cinq ans, le prestigieux Prix de Rome belge. Sa demeure, surnommée localement « le petit Vatican », et la toute nouvelle statue très réaliste en acier corten de la peintre qui se dresse désormais juste devant sa demeure, gardent le souvenir de cette présence artistique. À découvrir aussi, à la sortie du village la jolie petite chapelle dédiée à Notre-Dame de la famille Monfort…

Christine Gosselin

Adresse : Rue des Moissons – 6830 Rochehaut (Bouillon)Coordonnées GPS : 49.841° N, 5.008°

Contact : abbé Frédéric Ngimbi – Monsieur Jean Monfort

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