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Auteur
Christine Gosselin Auteure
Date
16 septembre 2025
Catégories
Tourisme
Type
Tours & Détours – Sur les pas de sainte Thérèse : visite guidée de la chapelle du Carmel Saint-Joseph de Virton comme un jardin mystique
À l’occasion du centenaire de la canonisation de Thérèse de Lisieux, le Carmel de Virton se dévoile dans toute sa richesse spirituelle, artistique et historique. En compagnie de l’historienne Anne-Marie Lanotte, plongeons dans l’histoire d’un lieu habité par la prière, la mémoire et l’héritage de la « petite Thérèse ».
Ce 17 mai 2025 marquait le centenaire de la canonisation de Thérèse de Lisieux, en religion Soeur Thérèse de l’Enfant-Jésus et de la Sainte Face. Il y a cent ans, on s’activait au Carmel Saint-Joseph : c’est que grâce au soutien généreux de deux donatrices anversoises, on allait pouvoir agrandir le monastère et le doter d’une chapelle digne de ce nom. Dans les années 1920 les demoiselles Anne et Marie DE VOS avaient été touchées par la ténacité des religieuses, représentées par Soeur Joséphine : celle-ci, auparavant femme de chambre dans une famille aisée d’Anvers, avait proposé d’aller quêter là-bas pour financer le développement du couvent, fondé en 1903 par des Carmélites réfugiées d’Aveyron suite au programme de laïcisation de l’État français (connu sous le nom de loi Combes).
Le début des travaux est béni le 10 août 1923 : “Notre ancienne petite chapelle trop étroite pour les cérémonies devenait notre chœur actuel et la nouvelle s’élevait sur une partie de la cour de nos sœurs tourières et sur l’emplacement d’un jardin et d’une petite maison (en fait deux) qui dû être achetée et démolie”, ainsi s’exprime la Prieure, Mère Marguerite Marie, qui surveille de près le chantier.
Le 16 juillet 1924, fête de Notre-Dame du Mont Carmel, la première pierre est bénie par le doyen de Virton, et le 4 mai 1926, Mgr Heylen, évêque de Namur, consacre la nouvelle chapelle, la première en Belgique à être dédiée à Thérèse de Lisieux, entre temps canonisée.
La conception en est confiée à Léon Lamy, architecte hennuyer venu s’installer à Arlon au début du XXe siècle, devenu architecte provincial, connu pour ses nombreuses réalisations dans la région.
De style néo-roman, la chapelle du Carmel voit son décor s’étoffer au fil des années. Ainsi, une douzaine de vitraux sont posés le 10 juillet 1929. Les cinq autels sont revêtus de marbres de teintes et provenances variées. Et, particularité du lieu, de nombreuses peintures murales sont réalisées par le peintre gantois René de Cramer : il doit bien connaître Thérèse, lui qui en 1926, a dessiné les cartons des mosaïques pour la crypte de la nouvelle basilique de Lisieux. Les fresques sont terminées en 1931. Azurées et émaillées à profusion de fleurs blanches, égayées de nombreuses figures d’anges aux visages d’enfants (les portraits de petites Virtonnaises, et ceux d’enfants des familles des carmélites), elles rappellent combien la petite Thérèse aimait la nature, parcourue avec son papa au fil des rivières, où il l’emmenait à la pêche.
“Histoire printanière d’une petite fleur blanche, écrite par elle-même”, ainsi commence l’Histoire d’une âme, récit autobiographique de Thérèse à la demande de sa sœur aînée, supérieure du Carmel. “Vous savez, ma Mère chérie, combien j’aime les fleurs ; en me faisant prisonnière à quinze ans, je renonçai pour toujours au bonheur de courir dans les campagnes émaillées des trésors du printemps”, écrit-elle. Du jour où elle annonce à son papa sa décision d’entrer au Carmel, elle dit : “S’approchant d’un mur peu élevé, il me montra de petites fleurs blanches semblables à des lys en miniature, et prenant une de ces fleurs, il me la donna, m’expliquant avec quel soin le Bon Dieu l’avait fait naître et l’avait conservée jusqu’à ce jour ; en l’entendant parler je croyais écouter mon histoire, tant il y avait de ressemblance entre ce que Jésus avait fait pour la petite fleur et la petite Thérèse”.
Au maître-autel, l’enfance est encore présente en la figure d’Anne de Guigné, une très jeune fille de Haute-Savoie morte en odeur de sainteté à l’âge de 11 ans, en 1922, proclamée Vénérable le 3 mars 1990 par Jean-Paul II.
La représentation de Thérèse à l’abside, est cantonnée de deux anges dont les visages sont ceux des bienfaitrices du Carmel, distribuant les roses qu’elles reçoivent de la Sainte.
Fondé le 1er mai 1903 par des Carmélites réfugiées de France, le Carmel Saint Joseph de Virton est fermé en 1989, la communauté est dissoute et dispersée. Le lieu ouvre à nouveau ses portes en 1990, comme lieu de refuge pour femmes en difficultés, sous le nom de “Maison du Pain”.

Avant de quitter le Carmel, la dernière Prieure, Mère Thérèse de la Croix avait émis le souhait suivant : “Que le souffle de l’esprit, de la prière et du partage reste dans les murs du Carmel”. Il en fut ainsi.
■ Anne-Marie Lanotte