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Auteur

Christine Gosselin Auteure

Date

31 mai 2026

Catégories

Patrimoine
Tourisme

Type

Actualités diocésaines

Walcourt, 1000 ans de Foi vivante autour de Notre-Dame

Dominant fièrement la vallée de l’Eau d’Heure et de l’Yves, la basilique Saint-Materne de Walcourt avec son clocher caractéristique en forme de bulbe se détache du paysage : elle raconte mille ans d’histoire ! Le 1er juin 2026, au lendemain de la procession de la Trinité, la cité célèbrera cet anniversaire exceptionnel : le millénaire de la dédicace de son église romane primitive.

Depuis 2025, la basilique Saint-Materne de Walcourt est engagée dans un jubilé de cinq ans autour de Notre-Dame, de son pèlerinage et de la Marche de la Trinité. Après les 150 ans du couronnement de la Vierge l’an dernier, l’année 2026 marque une étape importante : le millénaire de la dédicace de l’église romane primitive, célébré le 1er juin à 10h. Une église construite au fil des siècles « La basilique n’est pas d’un seul tenant », explique Florian Lepinne, guide des lieux. « Elle est le résultat de plusieurs phases de construction. Comme un livre d’histoire : chaque époque y a laissé sa trace. » Des fondations romanes aux élévations gothiques, l’édifice s’est transformé au fil des siècles, sans jamais perdre son âme.

Derrière l’architecture actuelle, largement gothique, subsistent les traces de l’église romane primitive qui fut consacrée en 1026 par Réginard, évêque de Liège, à l’initiative d’Oduin, seigneur de Walcourt. « Une charte datée du 1er juin 1026 en témoigne. C’est un document important, puisqu’il constitue aussi la première mention écrite de Walcourt », précise Florian Lepinne. L’église devient alors collégiale, avec une donation importante de la part d’Oduin qui y établit un chapitre de chanoines.

Au Moyen Âge, l’édifice est profondément transformé. La collégiale romane primitive devient église gothique à cinq nefs. Le chœur du XIIIe siècle sera entouré d’un déambulatoire sans chapelle et assorti de grandes fenêtres géminées. Un remarquable jubé en pierre blanche le sépare du transept. « Il compte vingt-neuf niches avec des statues de saints de l’Eglise universelle ou régionaux et des personnages bibliques de dimension et de style divers», détaille notre guide. Surmonté d’un grand calvaire, il porte les armes de Charles Quint, ce qui fait penser qu’il fut peut-être offert par l’empereur, représenté à droite dans un médaillon en face de celui de son épouse.

Dans le chœur encore, une quarantaine de stalles en chêne datent du début du XVIe siècle et témoignent du soin apporté à l’ameublement liturgique. « Leurs miséricordes sont très travaillées… même si parfois un peu irrévérencieuses », glisse Florian Lepinne.

Notre-Dame de Walcourt, au cœur de la dévotion

Mais ce vers qui se tournent tous les regards, c’est Notre-Dame de Walcourt dans le transept gauche. « C’est une œuvre romane majeure », explique Florian Lepinne. « Datée entre 980 et 1020, elle est sans doute la plus ancienne représentation mariale de la chrétienté occidentale. Elle a traversé les siècles malgré les incendies et les pillages.»

Sculptée dans du bois de tilleul, haute de 62 cm, elle représente une Vierge assise, de face, tenant l’Enfant Jésus sur ses genoux. Depuis le XVIIe siècle, les visages sont recouverts d’un masque d’argent devenu sombre avec le temps, ce qui lui donne l’apparence d’une Vierge noire. « Mais elle n’en est pas une ! » ponctue M. Lepinne. La dévotion reste aujourd’hui bien présente.

Marcel Valtin, gardien de la Vierge depuis 56 ans, en témoigne : « Nous sommes huit gardiens actuellement. Nous accompagnons Notre-Dame dans chacun de ses déplacements. Une responsabilité mais aussi une joie, notamment lors du ‘Grand Tour’ de la Trinité. Notre-Dame, revêtue de sa tenue d’apparat et portée sur un dais, y effectue un parcours d’environ sept kilomètres à travers la ville et ses environs ». Ce périple reconstitue chaque année lors d’une de ses étapes, le miracle du jardinet que l’on retrouve illustré un peu partout dans l’église, sur les boiseries des stalles, dans les vitraux.

Le miracle du Jardinet et l’essor du pèlerinage

En 1228, un incendie détruit la collégiale. La statue de la Vierge est alors retrouvée sur un arbre dans un jardin voisin. « On ne parvient pas à la faire descendre », raconte Florian Lepinne. Le seigneur Thierry II promet de reconstruire l’église et de fonder un monastère. La statue redescend alors. Une charte de 1232 atteste effectivement la fondation d’une abbaye cistercienne. Cet épisode contribue au développement du pèlerinage, qui attire de nombreux fidèles dès le XIIIe siècle et donnera naissance, en remerciement du rôle de la Vierge lors d’une épidémie de peste, au Grand Tour de la Trinité. Au fil des siècles, la participation augmente fortement. « En 1907, on parle de 40 000 personnes », note Florian Lepinne. … En reconnaissance de cette grande popularité comme sanctuaire marial, Pie XII, élèvera la collégiale au rang de basilique mineure le 23 mai 1950. Aujourd’hui encore, la procession rassemble de nombreux pèlerins et plus de 750 marcheurs en armes (Hussards, Zouaves, Grenadiers…), accompagnés de fifres et de tambours. Cette marche est reconnue comme patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l’UNESCO.

Le 1er juin : mémoire liturgique de la dédicace

Le 1er juin 2026, au lendemain de la procession de la Trinité, une messe solennelle sera célébrée à 10h pour commémorer la dédicace de 1026.

« Il ne s’agit pas seulement d’un anniversaire », souligne Florian Lepinne. « La célébration reprendra des éléments propres au rite de dédicace : douze cierges seront allumés devant les croix de consécration. Ils rappellent que l’Église est fondée sur les apôtres », précise-t-il. « La célébration sera placée sous le signe du lien unissant Walcourt au Siège apostolique, et s’inscrira dans le cadre liturgique solennel du lundi de la Sainte Trinité » . Elle sera rehaussée par la participation de la Marche militaire Notre-Dame de Walcourt. Une maquette de la Basilique sera également dévoilée ce 1er juin. Ce millénaire s’inscrit dans un ensemble de commémorations qui se poursuivront jusqu’en 2029 avec les 800 ans du miracle du Jardinet, la première mention écrite du pèlerinage et les 600 ans des compagnies en armes. « La basilique reste un lieu fréquenté », observe Marcel Valtin. « La Vierge continue de rassembler. »

Christine Gosselin

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