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Auteur
Christine Gosselin Auteure
Date
12 février 2026
Catégories
Tourisme
Type
Tours & Détours – Dans le vallon des Dames, une abbaye qui traverse le temps

À l’occasion du grand cycle d’expositions consacré à Notre-Dame du Vivier, nous avons suivi Geoffroy Bouvier, co-propriétaire et gardien passionné du site, dans une visite privilégiée de cette abbaye cistercienne fondée il y a près de mille ans. De l’abbatiale aux fouilles archéologiques, du cloître aux espaces en restauration, il nous raconte l’histoire, les secrets et la renaissance de ce lieu aujourd’hui au cœur d’un ambitieux programme culturel, d’expositions, de théâtre et de concerts.

« Regardez autour de vous… Ce site n’a rien perdu de son âme. » Geoffroy Bouvier ouvre les bras, comme pour embrasser tout le vallon qui s’étend entre les bois de Marche-les-Dames et la Gelbressée. De hautes parois rocheuses, une vallée étroite, une source généreuse, un silence qui semble tenir depuis des siècles. « Ce n’est pas le hasard qui a amené les premières dames ici », poursuit-il. « Déjà lors de la première croisade, entre 1096 et 1099, on raconte que 139 épouses de chevaliers se sont retirées à Marche-les Dames. Elles ont trouvé ici un lieu sacré, proche du ciel. Celles dont les maris ne revinrent pas y fondèrent en 1103 la première communauté religieuse. »
Il évoque aussi la présence légendaire, en 1146, de Bernard de Clairvaux, venu prêcher la deuxième croisade – une tradition profondément ancrée dans la mémoire du lieu. En 1236, l’abbaye apparaît officiellement dans la liste des établissements cisterciens : la communauté est reconnue, structurée, et la première abbesse connue porte le prénom d’Ivette.
Le TreM.a expose actuellement une gravure minutieuse, datée de 1607, qui est la plus ancienne représentation connue de NotreDame du Vivier. « On peut tout y lire : la disposition des bâtiments, le système hydraulique, la clôture, le verger… Et déjà les signes de transformations. C’est un document incroyable pour comprendre l’évolution du monastère. »
L’abbatiale : le cœur battant du Vivier

Nous franchissons le portail Renaissance pour pénétrer dans l’ancienne abbatiale, aujourd’hui encore église paroissiale. Une nef simple, haute, lumineuse ; un mélange d’époques où le XIIIe siècle dialogue avec le XIXe . Au chœur repose une émotion intacte. Là se trouvent plusieurs trésors : la Vierge romane du XIIIe siècle, petite et sévère, surgie des premiers temps du monastère ; la Vierge à l’Enfant du XVIIe siècle, plus tendre dans son mouvement ; et des pierres tombales d’abbesses aux motifs ciselés, témoins silencieux de la lignée féminine qui gouverna ces lieux pendant plus de six siècles. « La Vierge à l’Enfant découverte dans le vivier, vers 1250–1270, est l’un des symboles de l’abbaye », explique Geoffroy. « C’est elle qui a donné son nom au M. Goeffroy Bouvier notre guide monastère : Notre-Dame du Vivier. » La statue n’est plus dans l’abbatiale – elle est aujourd’hui classée Trésor de la Fédération Wallonie-Bruxelles et exposée au TreM.a – mais ici, dans le chœur, son absence est une présence : elle habite encore chaque pierre. Il nous montre ensuite la toile monumentale de l’Annonciation, restaurée récemment par Julie Timmermans grâce au soutien de la Fabrique d’église présidée par Mme Hubert. « Un trésor de plus sauvé à l’abbaye », sourit-il. « Et ce n’est qu’un début. »
Le cloître : le silence des siècles
Nous arrivons par une petite porte dans le cloître, en grande partie reconstruit mais qui conserve néanmoins sa structure archaïque : une cour intérieure, un calme dense, et ces galeries qui menaient jadis au dortoir, au réfectoire et à la salle capitulaire. « Le cloître, c’est ici que battaient les jours », explique Geoffroy. « Les offices, le travail, la lecture, les processions. Et parfois les tensions. C’est aussi ici que se jouait la vie concrète de ces femmes. » Il évoque les professions de foi, soigneusement décorées par les moniales et signées de leur main, exposées actuellement au TreM.a : « Chaque signature est un visage, une histoire. Elles disent la force intérieure des Dames du Vivier bien mieux que n’importe quelle chronique. »
IN SITU : l’abbaye révélée par les fouilles
Nous poursuivons vers l’exposition IN SITU, installée dans les salles mêmes du monastère. Geoffroy se penche sur l’une des vitrines : des briques réfractaires, intactes, datées de 1566, retrouvées par hasard dans une caisse sous les toitures. « Pour les archéologues, c’est exceptionnel. C’est comme si le temps avait oublié ce petit trésor de Renaissance. » Plus loin, les plans et relevés racontent la domestication de l’eau. « La Bougneuse – la source – c’est elle qui a permis la vie ici. Les sœurs ont construit une digue, des canaux, un bief. Elles ont maîtrisé l’eau pour irriguer, laver, cuisiner, prier. » Dans une autre salle, les visiteurs découvrent la charpente du XIIIᵉ siècle, récemment étudiée grâce à une vaste analyse dendrochronologique. « Chaque poutre est une page d’histoire. Nous allons bientôt restaurer toute la toiture de l’abbatiale. C’est un chantier immense, soutenu par la Région wallonne. Pendant 300 jours, la toiture, le clocheton et la charpente vont être consolidés et préservés pour les générations futures. »
Théâtre, concerts et vie nouvelle
L’abbaye n’est pas un musée. Elle respire, elle se peuple, elle se raconte. À travers ses salles et couloirs, les visiteurs peuvent suivre les déambulations théâtrales Du vinaigre dans l’encre. Quatre comédiens en habits y recréent le procès de 1702 entre l’abbesse Catherine de Trixhe et ses moniales. « Imaginez : cette histoire s’est vraiment passée ici, entre ces murs. La rejouer dans l’abbaye, c’est rendre justice à ces voix longtemps oubliées. » explique l’un des comédiens. Deux concerts de la chorale Psallentes, dirigée par Hendrik Vanden Abel, feront aussi résonner les mélodies cisterciennes du XIIIe siècle dans le chœur même de l’abbatiale à partir d’un graduel du XIIIe siècle et d’un antiphonaire du XVe siècle.
Le futur : restaurer, transmettre, habiter « L’objectif que nous poursuivons depuis l’achat de l’abbaye en 2018 c’est d’en faire véritablement un lieu de rencontre et de culture. De la faire revivre pleinement. » Geoffroy Bouvier évoque la restauration du cimetière, la stabilisation du clocheton, la toiture entièrement reprise, la mise en valeur du réseau d’eau ancien, l’ouverture au public, et un projet global : « Restaurer à l’identique, avec respect, patience, humilité. » Et d’ajouter : « De toutes les abbayes de moniales du Namurois, c’est la seule dont le site est resté intact. C’est un miracle. Et c’est un devoir, aussi. »
Avec les expositions au TreM.a, aux Archives de l’État, à l’abbaye, et à l’église Saint Loup, avec le théâtre, les concerts, les visites et les ateliers pour tous les âges, on entend encore et plus que jamais après plus d’un millénaire à l’abbaye, les voix des premières Dames du Vivier.
Christine Gosselin
Adresse : 153 rue Notre Dame du Vivier, 5024 Marche Les Dames
Contact : (0)81 24 00 27- info@andv.be – https://www.abbayenotredameduvivier.be/
Horaire des messes : à 10h45 chaque dimanche
Jours et heures d’ouverture : tous les jours
Accessibilité : tous
Manifestations et événements : visites guidées de l’abbayes, balades et randonnées, restauration, concerts, animaux (vaches Highland, chèvres, émeus, moutons têtes noires et alpagas).