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Auteur
Thibauld Menke
Date
5 octobre 2026
Catégories
Evêque
Type
Mais au fond, c’est quoi une lettre pastorale ?
Notre évêque, Mgr Fabien Lejeusne, prépare actuellement sa toute première lettre pastorale. Mais que recouvre exactement un tel texte ? Loin des idées reçues, ce document n’a rien d’une circulaire administrative ni d’un traité de théologie abstraite. Il s’agit, fondamentalement, d’un acte de relation et d’un cap partagé.
Prendre le pouls et tracer un chemin
Quand un évêque prend la plume pour s’adresser à son diocèse, il engage avant tout une conversation. Après des mois passés à parcourir les provinces de Namur et de Luxembourg, à écouter les réalités locales et à échanger avec les acteurs de terrain, Mgr Lejeusne pose un regard lucide sur ce qui se vit dans nos communautés.
Ce texte ne s’adresse pas uniquement aux fidèles réguliers des assemblées dominicales. Il rejoint les curieux, les jeunes, les personnes en questionnement ou en marge de l’institution. L’enjeu n’est pas d’édicter des règles venues d’en haut, mais d’offrir une impulsion pastorale claire pour donner du souffle et avancer ensemble dans les années à venir.
Deux siècles d’écriture dans les tiroirs de l’évêché
L’exercice est ancien, mais il a profondément évolué avec le temps. Dans les archives de l’évêché de Namur dorment des dizaines de liasses qui racontent, à leur manière, l’histoire de notre région.
La plus ancienne lettre pastorale officiellement enregistrée sous cette appellation dans notre diocèse remonte à 1823. Elle porte la marque de Mgr Charles-François-Joseph Pisani de la Gaude. Dans un contexte troublé, au lendemain des troubles révolutionnaires et sous l’administration hollandaise, ces feuillets servaient de cordon ombilical entre l’évêché et des paroisses rurales souvent isolées. Carêmes, alertes sanitaires, épidémies, crises politiques ou jubilés : la plume épiscopale maintenait le lien coûte que coûte.
Quelques décennies plus tard, un autre évêque marquera l’histoire par sa fécondité : Mgr Thomas-Louis Heylen. En 42 ans d’épiscopat, de 1899 à 1941, il rédigera pas moins de 378 lettres pastorales et mandements. Les archives conservent encore ses imposants cahiers de brouillons noircis à l’encre, raturés et patiemment corrigés à la main. En pleine Première Guerre mondiale comme face aux grandes mutations industrielles, chaque phrase était longuement pesée pour encourager les populations frappées par l’épreuve.
De la chaire aux colonnes de journaux

La façon dont ces textes parvenaient aux habitants a elle aussi traversé les époques. Beaucoup de paroissiens se rappellent le temps où la lettre était obligatoirement lue du haut de la chaire le dimanche matin, remplaçant l’homélie habituelle. C’était le cas par exemple sous l’épiscopat de Mgr André-Marie Charue, puis de Mgr Robert-Joseph Mathen.
Plus tard, la communication diocésaine a cherché à sortir de l’enceinte sacrée. Pour rejoindre les lecteurs directement à leur table de cuisine, Mgr André-Léonard a investi pendant des années les pages du quotidien Vers l’Avenir. Chaque samedi, sa chronique « Visite pastorale à domicile » portait la réflexion épiscopale bien au-delà des travées des églises.
Une parole vivante pour aujourd’hui
Qu’elle soit imprimée sur parchemin au XIXe siècle, déclamée en chaire, imprimée dans un journal ou consultée sur smartphone, l’intention d’une lettre pastorale reste invariablement la même : écouter le terrain, interpeller les consciences et nourrir l’espérance locale.
Documents et iconographie : Archives de l’Évêché de Namur.
