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Auteur
Christine Gosselin Auteure
Date
8 janvier 2026
Catégories
Type
À Saint-Hubert, pèlerins d’espérance sous le regard de Jean-Paul II
À l’occasion du Jubilé de l’Espérance, la basilique de Saint-Hubert se dévoile comme un sanctuaire vibrant d’histoire et de vie. En suivant le chanoine Philippe Goosse, doyen de la cité, et le photographe Jean-Louis Brocart, nous parcourons, un chemin singulier où se rencontrent la mémoire de saint Jean-Paul II et une exposition contemporaine qui invite chacun à “changer de voie”.
« Ici, chaque pierre raconte une histoire de foi », sourit le chanoine Philippe Goosse en poussant les lourdes portes de bois sculpté. À peine entrés, nous sommes saisis par la verticalité de la nef centrale. Malgré les filets de protection liés au chantier, les voûtes gothiques s’élancent comme des mains jointes vers la lumière des vitraux.

Le doyen de Saint-Hubert guide le regard : l’autel monumental, les chapelles latérales, la pierre blonde des colonnes qui s’illuminent des couleurs filtrées par les vitraux modernes. À certains moments un jeu de lumière éclaire précisément la conversion de saint Hubert sculptée au-dessus des stalles à la droite du chœur. À d’autres, un épisode de la vie de saint Benoît racontée au-dessus des stalles de gauche. Plus loin, le grand orgue du XVIIIᵉ siècle déploie ses tuyaux argentés. « Quand il résonne, la basilique respire. On dirait que la pierre elle-même chante ».
Jean-Paul II et le mois du Rosaire
À gauche de la nef centrale, le chanoine s’arrête devant une statue de saint Jean-Paul II qui semble accueillir les pèlerins. La figure du pape polonais, représenté dans son manteau pontifical avance les bras légèrement ouverts, comme pour les bénir. Sous la sculpture, un reliquaire conserve quelques gouttes de son sang tandis qu’une lampe votive brûle en permanence à son côté pour rappeler la prière ininterrompue de l’Église qui fête Jean-Paul II, le 22 octobre durant le mois du Rosaire. Depuis la victoire de Lépante en 1571, attribuée à la récitation du chapelet, le pape saint Pie V a institué la fête de Notre-Dame du Rosaire le 7 octobre, et tout le mois d’octobre est devenu un temps privilégié pour méditer cette prière. « Jean-Paul II, grand amoureux du rosaire, disait que c’était sa prière préférée », rappelle le chanoine Goosse. Le lien est donc naturel: à Saint-Hubert, les pèlerins sont invités à reprendre le chapelet en ce mois d’octobre, suivant l’exemple du pape qui en fit un chemin de contemplation du Christ avec Marie.
Sur les pas de saint Hubert

Le jubilé qui anime la basilique cette année invite aussi à marcher dans les pas de saint Hubert, l’évangélisateur des Ardennes. Mais pour comprendre l’importance de ce lieu, il faut revenir en arrière. Avant de s’appeler Saint-Hubert, la ville portait le nom d’Andage. C’est elle qui accueille la translation du corps de saint Hubert venu de Liège en 825 et fait de la cité un centre de pèlerinage majeur. Cette translation, confirmée par les sources, fut une entreprise d’envergure ! Elle nécessita les plus hauts accords ecclésiaux et civils, jusqu’à celui du pape et de l’empereur Louis le Pieux, fils de Charlemagne. Les processions qui accompagnèrent le corps du saint à travers villes et villages de l’Ardenne furent vécues comme un événement liturgique et populaire extraordinaire. À partir de là, Andage prit le nom de Saint-Hubert. Pèlerinages, processions, miracles attribués au saint se multiplièrent et très vite, il fut reconnu comme saint protecteur de la ville.
Au fond de l’église, la crypte évoque la présence séculaire de ses reliques, jadis au cœur de grandes processions. Le chanoine s’arrête et insiste : « Saint Hubert, c’est celui qui n’est pas resté figé. Sa conversion, au pied d’un cerf portant une croix, nous invite à changer de voie. Voilà le sens du jubilé : oser repartir autrement. »
Depuis plus d’un millénaire, la basilique a porté ce message, entre gloires et épreuves. Rebâtie en style gothique flamboyant au XVIᵉ siècle, enrichie de baroque au XVIIIᵉ, elle fut un centre spirituel et culturel majeur. Aujourd’hui, ses travaux de restauration semblent prolonger cette histoire : rendre la splendeur d’hier pour soutenir la foi d’aujourd’hui.
Une exposition qui dialogue avec la basilique

C’est justement cette logique de transformation qu’explore l’exposition En résonance de Jean-Louis Brocart. Vingt portraits photographiques monumentaux se déploient dans la nef et la crypte. « Le thème qui m’a été imposé est clair : montrer des personnages qui ont osé changer de voie », explique le photographe. On y croise saint François d’Assise, Gandhi, Mandela, Charles de Foucauld, Joséphine Baker, mais aussi Coluche ou David Bowie. Et toujours en dialogue avec l’espace sacré : Coluche, avec ses Restos du cœur, évoque la distribution des pains bénis ; Gorbatchev apparaît derrière une barrière du chantier, symbole du rideau de fer avec l’ombre de saint Hubert évoquée dans la tâche qui couvre son front; dans la crypte, Ziggy Stardust côtoie Evita Peron, entourés d’un vitrail coloré. L’originalité ? Ce sont des habitants de la région qui incarnent ces personnages dans des lieux choisis de la Basilique. Pas des sosies, mais des visages qui entrent en résonance. « Regardez cette dame de Saint-Hubert qui incarne Nelson Mandela : les similitudes frappent », raconte Jean-Louis Brocart, amusé. Des QR codes permettront bientôt d’écouter les anecdotes liées à chaque portrait. « Ce sont vingt histoires de liberté et d’audace, qui nous parlent à tous », conclut-il.
Que faire à proximité ?
Pour mieux s’imprégner de l’histoire et du passé de la ville, la balade du sonneur, une boucle de 4km, jalonnée de panneaux explicatifs autour de la ville de Saint-Hubert, est certainement une bonne idée. Elle commence juste en face de la basilique saint Paul et Pierre avec la façade classique de l’ancienne abbatiale, le quartier abbatial, l’abside et les chapelles gothiques (16e siècle), la fontaine ou source dite de saint Hubert, Lu Vi Bon Dieu (Quartier de Lavaux), la place du Marché, l’église Saint-Gilles, la rue Saint-Gilles, le bois du Fays, l’ancien hôpital, l’ensemble abbatial, l’ancien cloître et la cour des religieux. Autant de chemins qui se croisent et s’unissent pour inviter chaque pèlerin à repartir différent, plus libre et plus confiant.
Christine Gosselin
Adresse : Place de l’Abbaye 6 – 6870 Saint-Hubert
Contact : chanoine Philippe Goosse
Horaire des messes : tous les dimanches à 11h. Pour les autres jours : https://basilique-sainthubert.be/vie-religieuse/venez-et-voyez/
Jours et heures d’ouverture : ouvert tous les jours de 9h à 18h.
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