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Auteur
Christine Gosselin Auteure
Date
7 juillet 2026
Catégories
Aide internationale
Type
Bâtir l’avenir sur une terre de martyrs : rencontre avec Sœur Clémence Atangayo
Rien, dans la douceur de son regard ou de sa voix, ne laisse deviner l’énergie et la foi avec lesquelles Sœur Clémence Atangayo assume sa charge de prieure générale des Sœurs Dominicaines Missionnaires d’Afrique. Entre le Rwanda, le Congo, la République centrafricaine et la Belgique, elle sillonne les routes à la rencontre des communautés de sa congrégation. Un projet lui tient particulièrement à cœur: offrir un avenir aux enfants de Watsa, sur cette terre du nord-est du Congo marquée par le martyre des sœurs dominicaines namuroises en 1964.
Toute en retenue et en sagesse, Sœur Clémence Atangayo (au milieu sur la photo), de passage en Belgique pour quelques jours, parle de sa mission avec des mots qui disent autant la douleur de l’Afrique que l’espérance qui l’habite. Depuis cinq ans, elle est la prieure générale des Dominicaines Missionnaires d’Afrique qui intègrent, depuis la fusion de 2023, les Sœurs dominicaines missionnaires de Namur. « Nous sommes aujourd’hui une seule famille », explique-t-elle simplement en se tournant vers Sœur Marie-Pascale, assise à ses côtés dans le petit parloir du couvent à Salzinnes.

Réélue récemment pour un second mandat de quatre ans, sœur Clémence coordonne onze communautés réparties entre le Rwanda – où la congrégation fondée en 1983 par Sœur Marie-Pascale a commencé son aventure africaine – la République centrafricaine, la Belgique et la République démocratique du Congo, son pays natal. Une mission exigeante qui la voit parcourir des milliers de kilomètres pour visiter et soutenir ses communautés.
« J’étais la seule fille qui étudiait »
Née à Watsa, Sœur Clémence a grandi à Dondi, une région marquée par la pauvreté et les conflits. « J’étais l’unique fille de mon village à poursuivre des études », raconte-t-elle. « Pour aller à l’école, je marchais huit kilomètres chaque jour. »
Très tôt, elle comprend combien l’éducation est essentielle, particulièrement pour les femmes. « La société se développe grâce aux femmes. Il faut que les filles puissent étudier. » Sa mère, Rosalie, orpheline mais recueillie et formée par les sœurs, était devenue institutrice dans le village. « Tous ses élèves réussissaient le CEB », se souvient-elle fièrement.
Après ses études secondaires, Clémence entre chez les Dominicaines à dix-neuf ans. Formation au Congo puis au Rwanda, après ses vœux, elle va en mission en Centrafrique, retourne au Congo, fait un graduat en sciences humaines, poursuit son apostolat dans l’enseignement du français, responsabilités éducatives… son parcours prend peu à peu la forme d’une vocation missionnaire.
Aujourd’hui encore, elle retourne régulièrement à Watsa depuis Kigali (Rwanda) où elle vit, affrontant les routes défoncées, les changements multiples de véhicules, l’absence d’infrastructures durant deux jours de bus pour rejoindre cette région enclavée.
Watsa : au cœur d’une terre blessée, l’espérance

À Watsa, un projet lui tient particulièrement à cœur : la Maison Watsa. Sur cette terre marquée par le massacre de missionnaires dominicains lors de la rébellion Simba en 1964, les sœurs veulent développer un lieu de vie, d’éducation et d’avenir. Le 25 novembre 1964, neuf religieuses dominicaines namuroises ainsi que plusieurs missionnaires y furent massacrés. Une cause de béatification a récemment été introduite, tandis que l’histoire de ces religieuses fait l’objet d’un important travail de recherche mené par le théologien dominicain Philippe Denis. « Nous voulons ancrer ce projet dans leur témoignage », explique Sœur Clémence.
Sœur Marie-Pascale la regarde avec affection : « Je suis profondément touchée que les sœurs africaines aient choisi d’implanter cette communauté précisément là où les sœurs belges ont été tuées. »
La Maison Watsa accueillera à terme 80 enfants issus de situations de grande précarité : orphelins, enfants déplacés par la guerre, jeunes sans accès à l’école.
Pour l’instant, treize filles et une dizaine de garçons sont déjà pris en charge dans un petit internat situé à 12 kilomètres de Watsa Moke : « Beaucoup de filles quittent l’école très jeunes, souvent confrontées à des grossesses précoces. Quant aux garçons, nombreux sont ceux qui abandonnent leurs études faute de moyens et se tournent vers l’orpaillage, qui permet de gagner de l’argent plus rapidement. »
Cinq hectares ont été offerts par le chef du village. Mais tout manque : eau, routes, électricité. « Les briques sont fabriquées localement et l’eau doit être acheminée à pied depuis une colline située à deux kilomètres et demi », explique Sœur Clémence. Sœur Gloria y vit seule dans une petite cabane avec trois jeunes déjà accueillis. « On cultive maïs, manioc, haricots, arachides. Une plantation de palmiers fournit aussi de l’huile. Les enfants participent au chantier, à la cuisine, aux champs. Nous voulons que ce projet appartienne à tout le monde » explique-t-elle.
Depuis décembre, les fondations sont posées et les murs atteignent déjà presque la charpente.
Une solidarité qui dépasse les frontières
À Namur, la Fraternité laïque dominicaine FrassatiLagrange soutient activement le projet WATSA via l’asbl ENFANTS DU MONDE, explique Maurice Luca, laïc dominicain revenu lui aussi d’Afrique où il a enseigné pendant deux mois.
Une récente action menée par l’asbl a permis de récolter plus de 4.500 euros pour financer notamment des citernes d’eau. Pour Sœur Clémence, cette solidarité belge possède une forte portée symbolique. « L’histoire du Congo et celle du diocèse de Namur sont liées depuis longtemps ».
Dans cette Afrique meurtrie par les violences, les déplacements de populations, la pauvreté et la peur omniprésente de la sorcellerie, les Dominicaines poursuivent leur mission : éduquer, soigner, accompagner, évangéliser. En République centrafricaine, elles accueillent 180 jeunes filles à l’internat et une cinquantaine de filles mères pour la promotion féminine. Les sœurs travaillent aussi auprès des populations pygmées marginalisées. Au Rwanda, elles gèrent écoles, centres de santé et foyers pour enfants des rues ou en situation de handicap.
Et Sœur Clémence continue ses allers-retours entre ces communautés, soutenant avec fidélité tout un réseau de vies et d’espérances, capable de parler de guerre, de pauvreté et de martyr… tout en laissant passer une lumière immense.
Pour plus d’infos ou soutenir le projet : asbl ENFANTS DU MONDE : BE09 2600 0890 3457, avec la communication « Nom + parrainage/don Maison WATSA 79, RDC ». Contact : catherine.lebeau.new@gmail.com www.enfantsdumondebelgique.be.
// Christine Gosselin