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Auteur
Christine Gosselin Auteure
Date
16 avril 2026
Catégories
Tourisme
Type
Tours & Détours – Vodelée : de l’église du village à la chapelle Notre-Dame de Bonne Fontaine, une foi qui se met en marche
Depuis plus de quatre siècles, le lundi de Pentecôte, une procession relie l’église de l’Immaculée Conception de Vodelée à la chapelle Notre-Dame de Bonne Fontaine, nichée dans les bois. Entre histoire, légendes et ferveur populaire, ce chemin d’à peine un kilomètre témoigne d’une tradition bien vivante et d’un attachement profond à un lieu enraciné dans la vie du village.

C’est dans l’église de Vodelée que commence le voyage. M. Freddy Derzelle président de la Fabrique d’église nous en parle avec l’émotion de l’enfant du village qui l’a toujours connue. « Dédiée à l’Immaculée Conception, cette église est bâtie en 1871 après l’incendie de l’ancienne église qui était située à quelques mètres, sur l’actuelle Place verte du village. Elle est construite en pierre calcaire locale dans un style qu’on peut qualifier d’éclectique en ce qu’il mêle différentes influences architecturales». Mais bien avant cette reconstruction, c’est toute une histoire qui s’enracine dans ces lieux. « La paroisse est placée sous le patronage de saint Segond », poursuit-il. Un saint d’origine romaine, dont la présence ici n’est sans doute pas un hasard : « Vodelée se trouve sur le tracé d’un ancien diverticulum, une voie secondaire appelée voie des Ardennes. » L’autel latéral de droite lui est dédié.
La Vierge « Espagnole »
Dans l’église, le regard est vite attiré par la Vierge à l’Enfant qui trône sur l’autel latéral de gauche entourée de fleurs. La Vierge dite « Espagnole » en raison de son style, représente Marie en reine portant l’Enfant Jésus avec une grâce pleine de douceur. « C’est elle que nous portons chaque année en procession », précise notre guide. D’une grande finesse, cette statue de bois peinte qui mesure 85 cm de haut est datée du début du 17e . Elle est aujourd’hui encore au cœur de la dévotion.
Chaque année, au matin du lundi de Pentecôte, Vodelée s’éveille au rythme d’un rituel immuable. À 9h15, les fidèles se rassemblent à l’église du village. Peu après, la procession s’ébranle, emportant avec elle la précieuse statue qui pour l’occasion sera parée de son manteau bleu parsemé de 19 étoiles d’or, et de son voile blanc, avant de s’enfoncer dans le petit chemin caillouteux qui serpente les bois en direction de la chapelle de Bonne Fontaine.
Bonne Fontaine entre histoire et légende
Au fil du chemin vers le lieu-dit, l’histoire remonte encore plus loin. « Tout commence au début du XVIIe siècle », explique Monsieur Derzelle. En 1612, Jean Pirart, dit « Lescuyer », lègue ses biens pour construire une chapelle à « Bonne Fontaine », un lieu déjà marqué par une tradition d’apparition mariale. La Vierge Marie y serait apparue quelques temps auparavant, posée sur un arbre. La chapelle y sera édifiée quelques dix années plus tard et deviendra un haut lieu de pèlerinage. Dans cette époque troublée, la région passe successivement sous domination Freddy Derzelle notre guide espagnole, hollandaise et française. Les conflits sont fréquents, et l’église du village est incendiée à plusieurs reprises. « La chapelle sert alors d’église », préciset-il. On y transfère le maître-autel, le tabernacle… et la statue de la Vierge ». La légende raconte encore que lorsque les paroissiens tentèrent de ramener la statue à l’église, celle-ci revenait mystérieusement à la chapelle. Elle aurait même tracé un chemin dans les bois : la « picinte Mèr Dié », ou sentier de NotreDame. On disait qu’il n’y poussait pas d’herbe… comme si la Vierge elle-même l’avait tracé » sourit Monsieur Derzelle. Ce passage, connu avant la Seconde Guerre mondiale, reliait directement le village au sanctuaire. Aujourd’hui cette sente n’existe plus.
« Les archives mentionnent également, en 1750, une fondation de 52 messes annuelles en l’honneur de la Vierge » ajoute M. Derzelle. Le site était donc bien fréquenté. Les fidèles venaient encore y prier, dans le cadre de neuvaines, pour demander une grâce particulière. Les nombreux ex-voto qui ornent le sanctuaire témoignent de ces prières exaucées et de la reconnaissance des croyants.
Au fil du temps, l’affluence des pélerins atteint des proportions impressionnantes. Monsieur Derzelle évoque « jusqu’à 3 500 pèlerins qui s’y seraient rassemblés en 1935 pour le lundi de Pentecôte ».
Au détour du chemin, le paysage s’ouvre et la chapelle apparaît, simple et belle dans une sorte de petite clairière qu’abrite un grand charme centenaire. C’est là, sur l’autel de pierre en plein air qui jouxte la chapelle, que la messe du lundi de Pentecôte est célébrée.
Comme tout édifice ancien, la chapelle a traversé les siècles en subissant les effets du temps. Sa restauration majeure date des années 1921-1922 dont une nouvelle toiture en ardoises et le clocheton en forme de bulbe. Dans la chapelle, on peut aussi revoir un grand Christ en croix « Celui-là aussi a son histoire : il a été volé pendant cinquante ans… avant de revenir ici.» sourit notre guide… Encore un miracle !
Au pied de la chapelle, une source se jette dans l’Hermeton qui coule en contrebas. Cette eau, réputée d’une grande pureté, est associée à des vertus bienfaitrices. La présence de cette source explique sans doute l’évolution du vocable de la chapelle, aujourd’hui dédiée à Notre-Dame de Bonne Fontaine, alors qu’elle était initialement associée au Rosaire. C’est à cet endroit avec sa bénédiction et celle des enfants que se conclut la procession avant le retour au village où un buffet convivial conclut la matinée.
Le site est aujourd’hui classé (depuis 1981) et s’inscrit dans un environnement naturel remarquable, le long de la vallée de l’Hermeton et du sentier de grande randonnée GR 125. L’histoire de Bonne Fontaine n’est pas sans rappeler celle d’autres sanctuaires régionaux, comme celui de Walcourt, où une apparition mariale liée à un arbre est également à l’origine d’un lieu de culte…
Christine Gosselin
