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Auteur

 Diocèse de Namur

Diocèse de Namur Rédacteur

Date

1 décembre 2023

Catégories

Belgique
Pastorale des Solidarités

Type

Actualités pastorales

« Tu ne détourneras ton visage d’aucun pauvre »

Les 18 et 19 novembre derniers, environ 300 personnes venues de Bruxelles, Liège, Namur et du Brabant wallon ont vécu ensemble la 7e édition de la Journée mondiale des Pauvres initiée par le Pape François. Le rendez-vous était donné à Banneux.

Le thème 2023 choisi par les organisateurs, « Tu me regardes comme une personne », fait écho au message du Pape pour l’occasion [1] : « Tu ne détourneras ton regard d’aucun pauvre » (Tb 4,7), testament spirituel que Tobit, un père déporté et devenu aveugle, laisse à son fils Tobie en partance pour un long voyage.  

Pour le diocèse de Namur, nous étions une vingtaine de participants grâce au patient travail de rue de Sœur Madeleine Bikeli, référente Sappel[2], qui a sillonné principalement le quartier de Bomel et fréquenté la maison d’accueil et restaurant social « Les Sauverdias » de Jambes, à la rencontre des plus démunis. Il est à souligner que le soutien financier à la participation des namurois (parmi lesquels 2 ou 3 musulmans) vient aussi de l’église locale anglicane.

Sous la protection de Notre-Dame de Banneux, Vierge des Pauvres

Dès l’accueil, le ton fraternel est donné. Un livret est remis et tout le monde se laisse emporter par des chants aux paroles qui sonnent déjà comme des prières : « De toi à moi, y’a qu’un pas », « Changeons nos regards et la vie jaillira », « Tiens ma lampe allumée, la flamme est si fragile », « Dans nos obscurités, allume le feu qui ne s’éteint jamais », etc. Ensuite nous avons pu choisir un atelier à la fois créatif et spirituel : par le chant, la danse, l’écriture, la parole et le geste, les regards, le théâtre, la création d’une fresque, un jeu découverte du rosaire à travers les visages du sanctuaire, la méditation à partir du travail de la terre glaise, chacun a pu s’exprimer sur des expériences de regards de Dieu sur soi, de soi à soi, de l’autre sur soi et inversement. Chaque groupe a fait un retour lors de la veillée du soir, rythmant ainsi l’histoire de Tobie accompagné de son ange gardien Raphael (interprété par le délégué épiscopal namurois de la Solidarité, Nicolas Dumont). Pour nous rappeler que nous sommes tous appelés à être des anges les uns pour les autres et à être témoins du Christ aux mille visages, un petit ange et un signet ont été offerts à chacun. La veillée soutenue par la chorale du Povorello s’est clôturée par une procession aux flambeaux. La soirée s’est prolongée par le partage d’un bon repas chaud et par des échanges conviviaux.

Après le petit-déjeuner dominical, de nouvelles activités étaient proposées : chemin de croix, marche échange dans la nature, prière du rosaire, projection du film sur les apparitions, atelier icône pour apprendre à se laisser regarder par le Christ, jeu extérieur pour découvrir le rosaire et atelier liturgie pour ceux qui voulaient préparer la messe. Des enfants et des adolescents volontaires ont été initiés au rôle d’acolytes qu’ils ont assumé avec bonheur et grande fierté ! Les intentions ont été préparées et lues par des personnes en situation d’exclusion. Ces dernières ont aussi proclamé les lectures du jour et ont participé à la procession des offrandes en lien avec les activités vécues le matin. La messe dominicale a été présidée par le nonce apostolique, Mgr Coppola, qui a aussi pris le temps de s’asseoir parmi nous pour partager le buffet « auberge espagnole » du dimanche midi. Lors du temps d’envoi, beaucoup de participants ont exprimé l’amour, le soutien et la tendresse qu’ils avaient ressentis ainsi que leur espoir de revenir l’année prochaine.

Choisir la pauvreté évangélique pour suivre le Christ, c’est renoncer à se suffire à soi-même

Nous avons d’abord été surpris par la facilité avec laquelle les personnes sont entrées dans l’activité d’écriture autour du regard ainsi que par la profondeur et la sincérité touchante de leurs partages sur les regards qui enfoncent ou bien qui relèvent. C’est ensuite l’homélie de Mgr Coppola qui nous a poussés un pas plus loin : il nous a rappelé que regarder l’autre comme une personne est une bonne chose mais qu’il s’agit de le regarder comme le Christ et devenir soi-même de plus en plus pauvre de cœur et d’esprit. Il s’agit de nous désencombrer de nos rêves de reconnaissance, de gloire et de richesse qui nous remplissent pour laisser toute la place au Seigneur qui s’est fait pauvre pour nous enrichir de sa vie divine. Que faisons-nous des talents de foi, de charité et d’espérance reçus au baptême ? Tout ce que nous avons reçu sera rendu, inutile d’accumuler, offrons comme le Christ s’est offert.

De ce WE, nous retenons enfin la disponibilité des responsables et bénévoles du sanctuaire de Banneux aux petits soins pour nous préparer les collations, repas et buffets, pour nous guider vers nos chambres ou ailleurs. Un vestiaire bien organisé permettait aussi à qui le souhaitait d’emporter gratuitement trois vêtements. Nous avons constaté aussi, chez ceux qui vivaient dans la rue, l’énorme soulagement et le repos mental de ne pas galérer pour chercher un logement et de quoi manger. À tout moment, chacun pouvait trouver une personne portant un badge « oreille » pour être écouté en toute discrétion ou un prêtre pour le sacrement de réconciliation. Une chapelle était aussi toujours ouverte pour l’adoration. Un doux mélange des soins du corps et de l’âme au service de la dignité de la personne.  

L’option préférentielle de l’Eglise pour les pauvres et les laissés-pour-compte : interpellations

L’invitation à ce pèlerinage lancée à tous les agents pastoraux n’a trouvé aucun écho dans les paroisses namuroises et luxembourgeoises ni même auprès des autorités ecclésiales, à l’exception de Mgr Hudsyn (évêque pour le Brabant wallon), toujours fidèle à cet événement interdiocésain. Les personnes en situation de précarité seraient-elles si invisibles dans nos vies paroissiales ? Qu’a-t-il manqué pour susciter la mobilisation aux côtés de ceux que le Pape François appelle « les vrais trésors de l’Eglise » ?

Invitations à nous laisser accompagner et sanctifier

Ce rendez-vous solidaire de toutes nos pauvretés corporelles, matérielles, culturelles, spirituelles, l’Eglise du diocèse de Namur souhaite l’enraciner toujours plus dans sa pastorale et vous invite déjà le WE précédant la fête du Christ Roi de l’Univers en 2024 pour vivre cette belle expérience d’écoute, de dialogue, d’actions et de prière les uns avec et pour les autres. Et si, d’ici-là, nous sortions plus souvent de notre zone de confort pour affiner nos regards sur les transparents de notre société et pour aiguiser nos facultés d’entendre leurs cris silencieux ? Si nous les regardions avec un regard d’amour qui les espère plutôt que les juger ? Et si nous osions plus souvent nous attarder après un geste généreux pour entamer le dialogue et créer du lien personnel comme témoins de l’Amour du Christ ? De là devraient naitre de belles propositions pastorales à vivre ensemble !

                                                                                                                                Le Service de la Solidarité


[1] Message du Pape 19 novembre 23 est disponible sur le site du Vatican :  Journée Mondiale des Pauvres, 2023: « Ne détourne ton visage d’aucun pauvre » (Tb 4, 7) | François (vatican.va)

[2] Le Sappel est une communauté d’Eglise qui s’inspire de la pensée du Père Joseph Wresinski, fondateur du Mouvement ATD Quart Monde. Sa vocation est d’annoncer la Bonne Nouvelle à partir et avec les plus pauvres.

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