Dans la revue diocésaine Communications, l’abbé Bruno Robberechts, doyen de Leuze, propose chaque mois une sélection de quelques livres sortis récemment. Vous trouverez ci-dessous les dernières recensions publiées… Les livres présentés dans cette rubrique sont en vente dans les deux librairies CDD du diocèse à Arlon et à Namur ainsi que sur leur site web.

Le christianisme au défi des nouvelles spiritualités

Adrien BOUHOURS, Le christianisme au défi des nouvelles spiritualités, Artège, Paris, 2024, 237 p

Le christianisme au défi des nouvelles spiritualités

Cet essai nous invite à des constats sur notre époque, la place de la religion et une certaine aura des spiritualités. Le moindre attrait des Églises traditionnelles ne signifie pas forcément l'athéisme, pas même sa version pratique qui serait de faire comme si Dieu n'existait pas. Après le théocentrisme médiéval et l'humanisme qui lui a fait ombre, est venu l'individualisme. Le temps est à regarder les attraits que des spiritualités présentent à l'individu. L'histoire permet de préciser aussi la part souvent masquée de l'ésotérisme et Bouhours a bien étudié le sujet. Il y aurait une philosophia perennis, une sagesse primordiale : elle compterait plus que les chemins pour s'y brancher. Il ne manque pas de maîtres offrant en résumé ce qui peut s'offrir quand les voies de la sagesse se rencontrent. Mais on devine le risque de pratiques déconnectées de leur culture originelle pour une attitude syncrétique qui laisse perplexe. Il ne s'agit bien sûr pas de juger des personnes. Mais de mieux découvrir les pièges qui se cachent quand séduit la nouvelle spiritualité. Se laisser éclairer par les richesses vite oubliées du christianisme permet de dissiper les mirages de la religion nouvelle.

100 éclats de lumière. Commentaires de la Règle de Saint Benoît

Dom Nicolas DAYEZ, 100 éclats de lumière. Commentaires de la Règle de Saint Benoît, Editions Saint Léger, 2024, 149 p.

100 éclats de lumière. Commentaires de la Règle de Saint Benoît

Septième abbé de Maredsous, décédé en 2021, Nicolas Dayez nous parle ici comme à des amis à qui il partage la sagesse d'une règle qu'il a goûtée. Ces méditations seront autant de conseils qui enrichiront la vie bien au-delà des murs des monastères. C'est un trésor qui s'ouvre quand un coeur se découvre sous le regard de Dieu, quand la lecture de l'Ecriture devient comme le miroir où se mire notre relation à Dieu, quand derrière les réactions devant un mot comme obéissance, se profile l'horizon d'une relation plus profonde nourrie d'une écoute humble et priante. Un regard plein de lucidité sur le monde d'aujourd'hui vient souvent teinter les recommandations qui en sont d'autant plus une invitation à la sagesse à laquelle exerce la vie en communauté. S'y déploient alors des vertus monastiques dont un tel commentaire nous invite à accueillir la valeur inspiratrice.

Le pasteur et l’évêque. Lettres pour faire tomber les murs

Samuel AMEDRO et Jean-Paul VESCO, Le pasteur et l'évêque. Lettres pour faire tomber les murs, Labor et Fides, Genève, 2023, 127 p

Le pasteur et l’évêque. Lettres pour faire tomber les murs

Il faut mourir pour vivre. Les échanges entre ces deux responsables d'Eglise, forts d'une expérience où leur plus grande force est leur attachement au Christ, demandent d'assumer la fragilité. Parce qu'une position de minorité, mieux que la meilleure place, demande de revenir à la source pour rester d'authentiques témoins. Devant la sécularisation, le christianisme peut reconnaître une maladie de la religion mais d'une religion forte qui risquait de se vider de sa sève. Entre Monseigneur Vesco, archevêque d'Alger et Samuel Amédro, pasteur responsable de la région parisienne après avoir vécu son ministère au Maroc, il y a une même insistance sur la disponibilité aux questions vitales. Elle suppose l'ouverture à la diversité, sans esprit de concurrence, mais qui fait accueillir des autres une part de vérité qui nous échappe. De ces lettres échangées entre responsables, il ressort que le chrétien en mission doit se rappeler que Dieu est à l'œuvre, pour mieux partager cette expérience du Royaume qui s'approche.

Le devoir d’espérance. Faire face à la crise spirituelle

Yann BOSSIERE, Le devoir d'espérance. Faire face à la crise spirituelle, Desclée de Brouwer, Paris, 2024, 193 p

Le devoir d’espérance. Faire face à la crise spirituelle

Les hommes ont longtemps cru grandir dans la maîtrise du monde. Les problèmes ne manquant pas de remettre cela en question, il n'a pas de compétence pour mesurer et diagnostiquer les crises. Bossière, rabbin secrétaire générale de l'institut des hautes études du monde religieux, relit une crise plus fondamentale, une crise spirituelle qui est comme la matrice de toutes les autres. Elle concerne notre posture à l'égard du monde et notre prétention à tout comprendre. Mais l'individu que la modernité semblait ainsi promouvoir se décompose. La première partie de l'ouvrage décrit cette rupture anthropologique cernée à travers une "déconviction" qui voisine une hubris mentale, une folle prétention de contrôle du réel. Les pièges de la révolution numérique sont aussi repérés avec pertinence. Après un approfondissement de ce qu'il faut entendre par spirituel, la crise profonde en sera mieux décrite, montrant comment l'activité mentale peut masquer et désamorcer l'intériorité. Dans une troisième partie, cinq respirations puisant à la Bible et à son interprétation dans la tradition juive se proposeront jusqu'à proposer de se réconcilier avec la vie.

Ecothéologie

Celia DEANE -DRUMMOND, Ecothéologie, traduction par Amaury le Bastart de Villeneuve et Xavier de Bénazé, Editions Jésuites, 2024, 366 p

Ecothéologie

Cet ouvrage permet d'élargir les perspectives d'une réflexion théologique sur la crise climatique en ouvrant l'attention à des points de vue préalables. Les questions éthiques plantent le décor de la dimension théologique. S'invitent aussi des accents que la pensée écothéologique peut recevoir des contextes qu'elle reçoit en différentes régions : "Nord", "Sud", "Ouest", "Est". L'articulation avec des sensibilités culturelles et théologiques particulières, ce qui se traduit aussi dans les particularités sociales et politiques peut ainsi être assumée. Une partie de l'ouvrage, comme une transition, vers une théologie plus systématique, puise dans des textes bibliques relus en dialogue avec une écojustice. Ce qui permet le déploiement systématique des domaines de la théologie que sont la christologie, la théodicée, la pneumatologie, dans la perspective des questions environnementales. Le livre donne aussi de se mettre à l'écoute d'accents écoféministes. L'anthropologie chrétienne, la doctrine de la Création et de la Trinité sont intégrées dans l'ensemble de ces pages qui offre un panorama unique de l'écothéologie.

Pénombres. Glanes et approches théologiques

Joseph MALEGUE, Pénombres. Glanes et approches théologiques, introduction de Thibaut Colin, Editions de l'homme nouveau, Paris, 2024, 275 p

Pénombres. Glanes et approches théologiques

On connaît Joseph Malègue pour son roman célèbre Augustin ou le maître est là. Il est aussi l'auteur d'essais. Ce livre présenté par Thibault Colin permet d'en saisir la profondeur et la pertinence pour l'intelligence de la foi. Avec lui, la pensée théologique doit garder une humble attention. Et l'on perçoit également les limites des prétentions des sciences positives très prisées à l'époque de Malègue. Il renvoie à cette question essentielle : est-ce Dieu qui parle ? Le message vient d'ailleurs. L'esprit de l'homme peut bien chercher du côté de l'illimité. L'humilité des saints qui accueillent la démesure de l'amour de Dieu oriente plutôt vers une science de la sainteté. Il faut accueillir des signes auxquels la raison pourrait rester aveugle : des signes paradoxaux comme l'incarnation ou la mort de Jésus en croix. Dieu est présent au monde. Faut-il encore, pour l'y reconnaître, chercher où il veut qu'on l'y voit. Malègue nous en indique un chemin.

Il renverse les puissants. Portraits de chrétiens contestataires

Jean-Baptiste GHINS, Matthias PETEL, Timothée de RAUGLAUDRE, Il renverse les puissants. Portraits de chrétiens contestataires, Cerf, Paris, 2024, 270 p.

Il renverse les puissants. Portraits de chrétiens contestataires

À ne pas assez relever dans l’Évangile l'appel à la liberté, on pourrait le ranger comme un discours que les tyrans utilisent à leur profit. Serait-il plutôt invitation à la révolution, pensant ici aux positions de gauche qui demandent des changements structurels plutôt qu’une conversion individuelle qui ne change pas les données sociales ? Les personnalités que ce livre donne à découvrir permettent de dépasser cette opposition entre pacifisme avec les risques d’injustice qu’on laisse s’installer et l’insurrection qu’on voit comme un mal si c’est la haine qui vient en donner la force. Ce qui rend les figures évoquées exemplaires, c’est la cohérence qui fait naître une action politique incarnée. Des personnes comme Mounier, Dorothy Day ou Simone Weil ont cherché à rendre cohérents des préceptes parfois contradictoires ? Si s’y montrent des limites, elles ressemblent aux nôtres quand nous nous essayons à penser et à agir avec l’Évangile dans le cœur et l’injustice du monde sous les yeux. Une remarque sur la compassion peut préserver les cœurs rendus aveugles par les idéaux.

Ce lieu que nous ne connaissons pas. À la recherche du Royaume.

Marie BALMARY, Ce lieu que nous ne connaissons pas. A la recherche du Royaume. Albin Michel, Paris, 2024, 184 p.

Ce lieu que nous ne connaissons pas. À la recherche du Royaume.

Ce livre est un parcours de lecture de l'Évangile et il met en appétit des fruits qui ont pu être récoltés au long de rencontres entre lecteurs de l’Évangile. Situer Marie Balmary, c’est bien sûr évoquer la psychanalyse mais aussi sa référence à des textes fondateurs comme la Genèse, ce qui lui a permis de rencontrer la tradition juive. Si les textes de l’Évangile nous donnent Jésus comme guide, c’est qu’il n’est pas selon l’image que nous nous en donnons parfois, relevant plutôt d’un moi-je qui nous demanderait de le suivre servilement. Il est bien celui qui fait de nous ses amis dans un travail de vérité qui nous situe par rapport à nous-mêmes, par rapport aux fausses images qui nous bloquent ou nous blessent, mais aussi avec un désir qui nous met en recherche. A travers des textes d’Évangile sont donnés des conseils pour mieux rencontrer ces textes, pour progresser vers le Royaume, vers le lieu où est partagée la joie que Jésus ouvre à ses amis. Balmary préserve le spirituel d’être un lieu où surtout savoir qui on est : elle l’ouvre à un engendrement dans un Nous qui renvoie au Royaume, là où est Dieu qui rend toute chose possible.

Quinze portraits philosophiques du Christ

Bernard POTTIER, Quinze portraits philosophiques du Christ, préface de Denis Moreau, Editions Jésuites, 2024, 225 p.

Quinze portraits philosophiques du Christ

La philosophie est loin d’en avoir terminé avec les interpellations que lui lance la figure du Christ. Le penseur contemporain, s’il parcourt les auteurs choisis par Bernard Pottier, représentatifs de différentes attitudes, de différentes positions, par rapport à la personne de Jésus, percevra les forces et les limites de différentes postures rationnelles. Car s’y déploient, avec bien sûr des styles d’approches que l’histoire de la philosophie moderne expliciterait, des relations différentes entre philosophie et théologie, allant d’une séparation marquée par un rejet à une absorption qui manque le sens de la complémentarité ou un respect mutuel qui fait percevoir la richesse des différences. L’histoire de la pensée, les contrastes entre les positions philosophiques, invitent à un parcours qui fait redécouvrir la richesse de la foi chrétienne et demande avec force que les jugements trop rapides ne gâchent pas les ressources intellectuelles qu’elle propose aux chercheurs de sens d’aujourd’hui. Répondant à la maxime « le style, c’est l’homme », Bernard Pottier a proposé un texte représentatif de chaque penseur présenté.

La saveur des récits évangéliques ou l’art de raconter

Jean-Noël ALETTI, La saveur des récits évangéliques ou l’art de raconter, Editions Jésuites, (Le livreL et le rouleau), Bruxelles, 2024, 261 p.

La saveur des récits évangéliques ou l’art de raconter

L’expression analyse narrative pourrait faire reculer le grand public et celui qui veut tout simplement goûter l’Écriture. Ce livre met à profit un travail méthodique sans que les aspects techniques ne rebutent le néophyte. Les analyses sont bien sûrs menées avec rigueur. On remarque l’importance de la présentation des personnages. Par rapport à des approches qui laissent entendre que le texte est le résultat d’un travail qui ferait reconnaître en lui des couches rédactionnelles, ici, on est mis devant l’intention d’un narrateur. On est attentif aussi à reconnaître exposée la situation qui, dans le récit, va donner lieu à l’intrigue. Tout l’art de raconter est ainsi mis en évidence pour montrer la finesse avec laquelle est saisi ce qui montre l’efficacité qui permettra une progression, un dénouement, par ce que Jésus fait ou dit, par tel ou tel un personnage mu par la foi. Et par là, on voit comment le texte supporte une intrigue de révélation. L’intérêt de l’approche narrative est aussi servi par le choix des 12 textes présentés pour évoquer Jésus, ses disciples, son enseignement, son action, sa passion et sa résurrection.

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